| Marc's profileLe Blog science-fiction ...PhotosBlogLists | Help |
Le Blog science-fiction de MarcEntre Dune et Hypérion, Heinlein et Herbert, ma page Web est dédiée à la science-fiction, la fantasy, le fantastique et l'écriture de SF |
||||||||||||||||||||||
|
June 14 Voisins d'ailleurs - Clifford D. SimakAprès Jack Vance, Jack Williamson et Poul Anderson, le Bélial nous propose Clifford D. Simak, auteur d’une trentaine de livres de science-fiction, dont le classique Demain les chiens. Curieusement, je ne l’ai jamais lu, lui préférant les Ingénieurs du Cosmos. Je dirai même que Simak est passé à travers mon filtre science-fiction sans vraiment m’avoir marqué. Heinlein, Hamilton et Williamson m’ont plus influencé.
La sortie de Voisins d’ailleurs est justement le moment idéale pour
renouer avec cet auteur de l’âge d’or. Le Bélial nous propose un recueil de
neufs nouvelles dont le thème principal tourne autour de voisins extraterrestre
agissant sur notre planète ou oubliant certains objets qui ont des conséquences
sur nos vies. Les histoires se situent pour la plupart dans le milieu rural, que Simak connait
très bien pour y avoir été cultivateur. Il nous présente des personnages sympathiques, volontaires et plein de
bon sens qui sont confrontés à des machines qui émettent des cliquetis avant de
pondre des objets (La maternelle) ou qui troquent (Le bidule). Simak ne se
contente pas d’ajouter un élément extraterrestre à ses histoires, il y ajoute
également des éléments spatiotemporels. Par exemple l’étranger qui après deux
heures de route n’a toujours pas trouvé l’entrée d’autoroute alors que le
cultivateur qui emprunte la même route n’aura besoin que de dix minutes pour la
trouver (Le voisin). La fin des maux nous montre comment on peut soigner les
maladies sur notre planète, mais en rendant les humains un peu moins
intelligent. Des objets viennent du futur (Le cylindre dans le bosquet de
bouleaux) ou des personnes étaient déjà présentes loin dans notre passé (La
photographie de Marathon, La grotte des cerfs qui dansent). Ce qui peut paraitre un paradoxe temporel trouve son explication rationnelle. Curieusement la
nouvelle Un Van Gogh de l’ère spatiale sort du thème imposé. C'est aussi le texte le plus faible de ce recueil.
Si Simak a un style fluide, sans fioriture, toujours agréable à lire un demi siècle plus tard, les nouvelles se ressemblent à tel point qu’on dirait une succession de variantes de la même histoire. C’est le principal reproche fait à ce recueil. Il était sans doute préférable de présenter un large panel de nouvelles plutôt que de cibler un thème très réducteur de l'œuvre de l'auteur. Au final, j’ai été content d’arriver au terme de ce livre qui me semblait trop long, car répétitif, malgré ses 304 pages. Ce livre est une bonne initiative, mais reste un choix discutable quant aux nouvelles sélectionnées. Le grand retour de Simak est en fait un petit retour. Une intégrale en plusieurs volumes aurait été préférable. Un livre qui ravira certainement les fans de Simak, surtout que cet auteur n'a plus été réédité depuis un bon nombre d'années. Un livre qui en appelle d'autres, je l'espère... Visiteurs d’ailleurs, Clifford D. Simak,traduit par Paul Durastanti, 304 pages, Le Bélial, 2009 June 03 Paul le prophète (Légendes de Dune 1) - Brian Herbert & Kevin J. AndersonBrian Herbert et Kevin J. Anderson continuent leur exploration de l’univers de Dune. L’idée générale est de compléter l’œuvre de Frank Herbert. Mais avant d’aborder ce nouveau livre, il serait intéressant de revenir sur ce que les deux auteurs ont écrit dans l’univers de Dune. Une première trilogie a vu le jour et se situe juste avant
les événements de Dune. Elle est bien écrite et nous explique comment les
différents protagonistes (les atréides, les harkonnens et les corrinos) en sont
arrivés là. Sans atteindre le niveau de Frank Herbert, les deux auteurs ont
fait une excellente trilogie (même si des grincheux disent le contraire). Ils
ont commis une seconde trilogie concernant le jihad buthlérien se passant
plusieurs milliers d’années plus tôt. Trop en rupture avec l’esprit de Dune, cette
trilogie n’a pas eu la faveur du public. Une troisième trilogie a continuer le
cycle d’origine en commençant par la maison des mères. J’envisage de lire ce cycle dans un avenir pas trop lointain, ce qui m’obligera à relire la maison des mères. Mais je me demande si ce n’était déjà pas un livre de trop à l’époque où Frank Herbert l’avait écrit. Rallonger Dune n’était pas la meilleure chose à faire. Récemment il y a eu la route de Dune, livre qui reprend la version originale de Dune, complétée par des nouvelles qui encadrent le roman. Livre pour amateur averti, pour inconditionnel, pour tous ceux qui veulent que Dune continue à travers des textes de Frank Herbert. On constate vite que la première mouture du roman est relativement petite et qu’elle raconte une histoire dénuée de mysticisme. Oui, c’est Dune, mais pas le bon ! J’en viens finalement à Paul le Prophète, que Laffont
Ailleurs et Demain aurait dû appelé Paul de Dune (S’il vous plait monsieur
Klein, respectez les titres originaux. Il n’y a pas de triomphe et pas de
prophète que je sache dans les titres). La première nouvelle commence un an
après que l’empereur Shadam IV a abdiqué. Cela se situe entre Dune et le Messie
de Dune, une période de temps oubliée par Frank Herbert, pendant laquelle Paul
Muad’Dib devenu empereur envoie ses fremens aux quatre coins de l’empire pour
imposer sa loi. C’est en fait le jihad fremen. On constate rapidement que les
fremens ne sont pas doués pour gouverner, mais plutôt pour détruire. Ce sont
des fanatiques qui agissent pour le compte de Muad’dib. Ils ne sont pas en
nombre illimité et sont confrontés à la résistance de certaines maisons. De son
côté Paul a fait détruire le palais de l’empereur Shadam IV sur Kaitan, et a
demander de lui en construire un plus grand sur Arrakis. Bien qu’ayant grandi sur Caladan, Paul se sent plus attaché à Arrakis qui deviendra la capitale impériale. Même en revenant sur Caladan, il n’aspire plus à y rester. On assiste donc à une période de la vie de Paul Muad’Dib pendant laquelle il est empereur et est en train de devenir un tyran avant de devenir un messie. On découvre en même temps que la princesse Irulan, son épouse et fille de l’empereur Shadam IV, a écrit un livre sur lui. Le succès de son livre plus, important que celui de la bible catholique orange, lui donne envie d’écrire une biographie complète de Paul. On peut considérer que cette biographie se retrouve dans les sept textes qui suivent. Ils se passent à des époques différentes de la vie de Paul, de 12 à 23 ans. Il sera intéressant de lire plus tard le livre consacré à Irulan. Je précise que trois livres vont suivre et concernent Jessica, Irulan et Leto. Contrairement au livre d’origine qui dit que Paul n’a jamais quitté Caladan avant de s’installer sur Dune, on découvre qu’à l’âge de 12 ans il a quitté Caladan en compagnie de son père Leto pour participer à une guerre entre familles. Des nouveaux faits, des nouvelles intrigues secondaires viennent se greffer sur le livre d’origine, sans le perturber. Ce livre n’est pas à proprement parler un roman, mais plutôt une succession de nouvelles qui racontent des épisodes de la vie de Paul Muad’Dib. Bonne idée, mais jusqu’où iront les deux auteurs ? Ce livre est réservé aux inconditionnels de Dune. Il enrichit l’univers créé par Frank Herbert. Pour le lire dans de bonnes conditions, il faut avoir lu Dune dans sa version grand format (c'est-à-dire Dune et le messie de Dune). Cela suffit. Bon nombre de détails font aussi référence à la trilogie Avant Dune. Il est donc intéressant de l’avoir lu aussi. Donc, livre à conseiller, mais uniquement si vous êtes un fan de Dune ! Paul le prophète – Brian Herbert & Kevin J. Anderson, Laffont Ailleurs & Demains, 576 pages, 2009 May 12 Joyeuses apocalypses - Jacques Spitz (Bragelonne)Lire Jacques Spitz, c’est un peu comme lire du H.G. Wells, du Olaf Stapledon, ou du Richard Matheson. On se retrouve transposé à une époque où la science pouvait faire basculer le sort de l’humanité en moins de temps qu’il ne le faut pour le dire. La collection Trésors de la science-fiction dirigée par Laurent Genefort, nous propose ici un Omnibus qui comprend trois romans courts, dont un inédit, et six nouvelles de science-fiction. - La guerre des mouches peut ressembler à un de ces films dans lesquels on suit une invasion d’insectes (de sauterelles, de guêpes, de vers, de fourmis, etc.) contre laquelle les humains doivent se battre. Dans le livre cette invasion commence en Asie, continue vers le Proche-Orient, passe par l’Afrique avant de s’attaquer à l’Europe et au reste du monde. Invasion provoquée par des mouches qui déposent des ordures sur lesquels pullulent des virus mortels pour l’homme. La science n’arrive pas à éradiquer ce fléau et les militaires utilisent des armes qui ne sont pas adaptées à la chasse aux mouches. Pendant toute la lecture du roman, on espère que l’humanité va vaincre ce danger. Pas du tout. Jacques Spitz nous dévoile une fin qui signe la mort de l’humanité. Un livre intéressant, qui reste agréable à lire. A comparer à la guerre des mondes de H.G. Wells. - L’homme élastique est à mon sens le meilleur livre de cet omnibus. Un savant misanthrope trouve le moyen de réduire ou d’agrandir les objets. Un jour il décide d’utiliser son invention sur des animaux. On suit ses péripéties alors qu’il arrive à tuer des lapins ou à créer un coq de deux mètres de hauts. Mais ces animaux meurent parce que la différence de taille nécessite de respirer un air adapté et de manger une nourriture également adaptée à la taille. Le savant est en passe de résoudre le problème lorsqu’un nain se propose comme cobaye avec l’espoir d’avoir un jour une taille normale. Le roman s’accélère lorsqu’il aborde la seconde guerre mondiale (une seconde guerre qui n’est pas celle que nous avons connue). L’invention du savant est utilisée à grande échelle. Des régiments entiers de soldats de cinq centimètres de haut voient le jour et s’infiltrent derrière les lignes ennemies pour semer le carnage. Des hommes ballon de cent mètres de long suivent les mouvements de troupes depuis le ciel, etc. Jacques Spitz a une imagination débridée qui fait que ce roman est vraiment plaisant à lire. La première partie se termine par la fin de la guerre. La deuxième partie se passe une vingtaine d’années plus tard et est racontée par la fille du savant. Elle nous montre les implications de cette invention sur le reste de l’humanité. Certaines situations peuvent paraître cocasses tandis que d’autres sont dramatiques. Mais la conclusion de cette histoire c’est que l’homme qui ne veut pas modifier sa taille deviendra tôt ou tard une race à part qu’il faudra mettre dans un zoo.- La guerre mondiale numéro 3 nous présente l’URSS et les USA en temps qu'envahisseurs. On assiste à une course poursuite qui mène à un face à face à l’échelle de la planète. Roman raconté comme un livre d’Olaf Stapledon, sans véritable personnage. Idée intéressante, surtout pour les hommes congelés. Un roman qui se détache des deux autres. Les six nouvelles restent sur le même thème, celui de l’apocalypse. - Après l’ère atomique – Et si la vitesse de la lumière se mettait
à ralentir, que se passerait-il ? Sujet original. - Le Nez de Cléopâtre – Nous parle d’une invention qui transforme l’eau en boue. Oui, très bien. Mais que se passerait-il si ce phénomène s’appliquait à la Terre entière ? - L’interview d’une soucoupe volante – Nouvelle assez loufoque qui nous montre que les extraterrestres exportent un autre type de caviar vers leur planète. - L’énigme du V51 – La fusée V51 s’est posée sur la Lune, et les astronautes ont découvert des humains qui y vivent depuis des milliers d’années. Ce qui ne leur donne plus envie de revenir sur Terre. - Les vacances du martien – La nouvelle la plus faible de cette omnibus, dans laquelle des martiens viennent faire du tourisme sur une Terre vieille et décrépie. - Le secret des microbes – Nous raconte comment une personne a des conversations avec un de ses microbes. Ce n’est pas la meilleure nouvelle de l'omnibus. Il y a une cerise sur le gâteau avec De la guerre des mondes à la guerre des mouches l’excellente
postface de Joseph Alterac qui nous fait un parallèle entre Jack Spitz et H. G.
Wells. J’ai personnellement commencé par lire cette postface avant de lire les
romans et nouvelles. Je suggère aux lecteurs de commencer par lire cette
postface vraiment intéressante. Dans l’ensemble un Omnibus plaisant, facile à lire, nous
montrant une science-fiction d’une autre époque, mais une science-fiction où l’imagination
est reine. Jacques Spitz est un auteur à découvrir ou à redécouvrir.
Cette édition reprend les textes d’origines (qui datent de
1938 pour certains). Il faut les lire en se remémorant le
contexte de l’époque. Un livre à conseiller aux lecteurs qui veulent passer un bon moment de science-fiction divertissante. Joyeuses apocalypses, Jacques Spitz, Bragelonne, 430 pages, 2009
May 01 Vision aveugle - Peter Watts (Fleuve noir)A la lecture du quatrième de couverture on devine qu’il s’agit d’un livre de hard science qui va nous plonger au-delà des limites de notre système solaire, à la découverte d’un artéfact. Oui… oui… c’est le genre de sujet qu’on a déjà eu l’occasion de lire à travers des romans comme « Rendez-vous avec Rama » de Arthur C. Clarke ou « Eon » et « Eternité » de Greg Bear. Serait-ce une version revisitée d’un de ces romans ? Pas vraiment. Peter Watts à décidé de nous montrer un équipage composé de personnes modifiées (qui ont subi des altérations biologiques) et qui se retrouvent au-delà du nuage d’Oort, à une demi année lumière de notre étoile. A bord du vaisseau Thésée, ils découvrent un gigantesque artéfact de neuf kilomètres de long qui n’est rien d’autre qu’un vaisseau spatial perdu dans l’immensité du vide, dans une région ou les astéroïdes sont un réel danger. L’histoire est racontée à la première personne. Siri Keeton, le
narrateur, suite à des crises d’épilepsie n’a plus que la moitié de son
cerveau. L’autre partie ayant été remplacée par un ordinateur lorsqu’il était
enfant. Le commandant du vaisseau est un vampire et les autres membres d’équipage
sont aussi atypiques. Par exemple le « gang des quatre » réunit
quatre consciences dans un seul corps. A ce stade-ci on se demande ce que vient
faire un vampire dans l’histoire. Pourquoi pas un mage, un lapin rose avec un
chapeau, une danseuse de claquettes ou un elfe ? Le livre demande une grande attention lors de la lecture pour bien
comprendre l’histoire. Presque à chaque chapitre, on trouve un flashback qui
nous retrace un des épisodes de la vie de Siri Keeton qui entretenait une
relation conflictuelle avec son amie Chelsea. Si ces flashbacks nous aident à
mieux comprendre la personnalité de Siri Keeton, ils ne nous aident en rien
pour comprendre la situation actuelle. C’est quasiment un tiers du livre qui
est consacré aux états d’âme du personnage et qui est inutile. Peter Watts est biologiste et n’hésite pas à nous faire fréquemment de petits cours de science pendant toute la lecture du livre. L’idée sous-jacente qu’il veut nous montrer, c’est qu’il n’y a pas de lien intrinsèque entre l’intelligence et la conscience. Et il va nous le décrire à travers les communications entre le Rorschach (l’artefact) et l’équipage du Thésée. Est-ce que l’artéfact dispose bel et bien d’une vraie conscience ? Ou bien s’agit-il d’une simulation ? L’expérience de la chambre chinoise, qui a été développée par John Searle au début des années 80 est ici mise en valeur. Est-ce qu’un programme informatique aussi complexe soit-il, est suffisant pour donner un esprit au système ? J’invite le lecteur à aller sur Wikipédia pour en savoir plus. En temps que lecteur on s’attend à suivre l’exploration de l’artéfact et à partager le danger avec les héros. Mais si l’artefact est bel et bien dangereux, ce qui nécessite de renforcer la protection des membres d’équipage et d’effectuer de courtes missions entre le Rorschach et le Thésée, on est très loin de ce que Clarke ou Bear nous proposent. C’est à peine si les personnages arrivent à mettre un pied sur ce qui semble être un vaisseau qui s’agrandit en permanence. La déception est au rendez-vous. Pas de grandes explorations qui vont nous faire découvrir un environnement extraterrestre. Simplement des personnages qui butent sur un artéfact hostile, et qui ont des crises de conscience. C’est un peu comme si on nous demandait de visiter un building, mais qu’on ne va pas plus loin que le hall d’entrée parce que les ascenseurs sont à l’arrêt. De plus Peter Watts a la vilaine manie de nous créer des paragraphes qui commencent par « Imaginez que vous êtes… » et on est parti dans des digressions qui n’ont rien à voir avec l’histoire. Ce qui fait que les 330 pages de ce roman pourraient se résumer à une cinquantaine. Le livre ne tient pas ses promesses. Si il a été nominé à un certain nombre de prix, il n’a pas décroché la timbale comme l’a fait « Rendez-vous avec Rama » de Arthur C. Clarke (Hugo 1974). Il n'a ni l’originalité de Clarke, ni l’imagination de Greg Bear ou celle de Peter Hamilton (voir la nouvelle concernant l’exploration d’un artéfact, parue dans Galaxies 24). Au lieu de cela on se retrouve avec un cours de biologie déguisé en livre de science-fiction. Il s’agit plus d’un livre d’introspection que d’exploration. Un livre complexe qui nécessite d’être concentré lors de sa lecture, mais qui n’attirera pas le lecteur en quête d’aventure. Vision aveugle, Peter Watts, Fleuve noir, 344 pages, traduit par Gilles Goullet, 2009 April 19 La vieille anglaise et le continent - Jeanne-A Debats (Griffe d'encre)C’est en me rendant à Trolls & Légendes que j’ai pu enfin rencontrer Jeanne-A Debats que je connais mieux sous le pseudonyme de Dracosolis. Après un grand nombre de discussions passionnées sur les forums SF et fantasy, j’étais contents de la retrouver à Mons. C’était aussi pour moi l’occasion de la lire à travers ses propres textes, en l’occurrence La vieille Anglaise et le continent édité chez Griffe d’encre. Par définition les livres qui parlent de la mer et de ce qui s’y trouve ne m’ont jamais emballé. Il y quelques exceptions, comme Aquatica de Corinne Guitteaud (que je venais de racheter à Trolls & Légendes justement après avoir longuement parlé avec Corinne qui était aussi présente). J’ai lu cette novella entre deux grosses briques SF. D’habitude ce sont les livres d’ActuSF qui jouent ce rôle. Pour une fois, c’est un livre édité par Griffe d’encre. La vieille anglaise s’appelle Lady Ann Kelvin, docteur, biologiste et écologiste qui arrive au terme de son existence. Un jour Marc Sénac lui propose de transféré son esprit dans celui d’un cachalot plutôt que dans celui d’un clone, ce qui prolongera légèrement son existence. Ann Kelvin saute sur cette opportunité, et la novella va nous raconter comment elle va prendre le contrôle de ce cétacé. Un chapitre sur deux est lui est consacré dans son corps de baleine mâle, tandis que l’autre chapitre est raconté à la première personne par Marc Sénac. Jeanne ne se contente pas de raconter une histoire de baleine. Elle nous décrit aussi ces cétacés d’un point de vue biologique et comportemental, dans un écosystème de plus en plus en danger. On apprend qu’il ne suffit pas de transposer un esprit dans un autre corps pour que ce dernier arrive à le maitriser, mais qu'il y a aussi une adaptation nécessaire à faire. Il y a des sens qui sont plus ou moins développés, voire absent chez l’un des deux (le sens de l’orientation par exemple), et qu’il y a l’inné et l’acquis qui sont totalement différents. Jeanne a manifestement étudié le sujet en profondeur
avant de l’écrire sur son ordinateur. La
disparition des cétacés est sous-jacente dans cette novella. On le remarque
avec la traque faite par les baleiniers ou les déchets toxiques que notre
civilisation dépose dans les océans. Sans complaisance, sans larmoiement, sans
moraliser le lecteur, Jeanne écrit dans un style fluide, parfois
amusé, parfois désabusé. Les personnages principaux sont attachants. Ann Kelvin
semble aigrie par une longue existence. On dirait un vieux dragon. J'espère qu'il n'y a pas de parallèle à faire avec son auteur ! La vieille anglaise a raflé plusieurs prix (le grand prix de l’imaginaire 2009 et le Julia Verlanger 2008). Ce n’est pas anodin car Jeanne connait très bien la science-fiction (je m’en suis rendu compte depuis longtemps dans nos discussions sur la toile). Il y a certaines choses qui m’ont échappées car la mer n’a jamais été ma tasse de thé. L’allusion à Susan Calvin m’a également échappé car j’ai lu le cycle de Fondation d’Isaac Asimov, et pas le cycle des robots. Mais dans l’ensemble, je dirai que la vieille anglaise et le continent est une novella qui se laisse lire et qui m’incite à être attentif aux prochains textes écrits par Jeanne-A Debats. La vieille Anglaise et le continent, Jeanne-A Debats, Griffe d'Encre, 2008, 77 pages April 17 NSO Le nouveau space opera - Gardner Dozois & Jonathan Strahan (Bragelonne)Le space opera a toujours été mon genre de prédilection en science-fiction. J’ai commencé avec Jack Williamson et E.E. doc Smith, puis j’ai continué avec Edmond Hamilton, Isaac Asimov, Poul Anderson en passant Peter F. Hamilton, Alastair Reynolds, Iain Banks, et surtout David Weber. Donc cette anthologie je l’attendais au tournant, en espérant qu’elle correspondait à mes aspirations. Cette anthologie est écrite par des valeurs sûres de la science-fiction comme Robert Reed, Greg Egan, Peter F. Hamilton, Alastair Reynolds, Stephen Baxter, Robert Silverberg, Gregory Benford, Walter Jon Williams, Nancy Kress et Dan Simmons. Des auteurs qui attirent le lecteur par la qualité de leurs textes. Mais ici nous sommes dans un format court qui varie de 10 à 50 pages et malgré tous leurs talents, tous ne sont pas nécessairement à l’aise avec le format imposé. Il y a des nouvelles qui mériteraient d’être développées sous la forme de roman, et d’autres qui paraissent un peu trop longues. Et puis il y a celle de vieux briscards qui arrivent encore à nous étonner agréablement. Mais pourquoi cette anthologie s’appelle t-elle NSO (Nouveau
space opera) ? Le space opéra a toujours existé. Au fil du temps il est devenu
plus complexe, plus technologique, avec des personnages souvent à la
psychologie compliquée. Ce n’est plus seulement de l’aventure, de la découverte
et de l’action. C’est aussi des histoires qui mettent en valeur des problèmes
de sociétés, des prises de conscience, des extrapolations à partir de
découvertes scientifiques, des conflits politiques et militaires, etc. Et c’est surtout des histoires de voyages dans l’espace.
L’espace est l’acteur omniprésent. Si celui-ci ne s'y trouve pas, le terme space opera est alors galvaudé. Il y a plus de différence entre un livre de fantasy de
Robert E. Howard et un autre de David Gemmell qu’entre un space opera de E.E. doc Smith et un autre de
David Weber. Et pourtant on ne dit pas Nouvelle fantasy ! Donc l’acronyme
NSO ne se justifie pas vraiment. J’invite plutôt le lecteur à aller lire « Du space opera au nouveau space opera », un article écrit par Jean-Claude Dunyach,
ou à lire l’article de Patrick S. Vast concernant le space opera sur le site de Phénix. Mais revenons à notre anthologie. Si l’idée de base de
Dozois & Strahan est excellente, la concrétisation de celle-ci ne correspond
pas tout à fait aux attentes du lecteur que je suis (oui, je sais, je suis très exigent en matière de space opera). On
trouve des nouvelles qui correspondent bien au genre, mais aussi des nouvelles
qui n’ont rien à voir avec celui-ci. Il s'agit de
textes qui englobent toute la science-fiction, et pas seulement le space opera.
Rien que pour cette confusion, l’anthologie devrait davantage s’appeler NSF pour
Nouvelle Science-Fiction. Bon, ce n’est pas vraiment dramatique. Mais quand on dit space opera, on pense à des histoires dans
lesquelles l’espace et le voyage dans l’espace ont une place prédominante. Plusieurs des textes présents nous montrent un
héros qui arrive sur une planète, et puis qui oublie complètement l’espace. C’est
un peu comme si on lisait des récits de marine au début desquels
le héros débarque à terre sans revenir au vaisseau qui l’a amené jusque là. Ça ne colle pas, et ça se sent à travers certaines nouvelles où les auteurs n'ont fait aucun effort. J’ai lu cette anthologie dans un ordre personnel. En
commençant par les auteurs que je connaissais, puis ceux que j’avais envie de
découvrir, et enfin ceux que je n’avais jamais lu auparavant.Sans entrer dans le détail de chaque nouvelle, j'en retiens les choses suivantes : - Les réfugiés de Gwyneth Jones, première nouvelle du
livre qui parvient même à ne pas parler d’espace. C'est le type même de la nouvelle qui n'a rien à voir avec le genre. - L’anneau de Verthandi de Iain McDonald est un vrai space opera démesuré, qui mériterait d’être approfondi à travers un roman. - Eclosion de Robert Reed nous ramène sur la coque du grand vaisseau (deux tomes parus chez Bragelonne). - Gloire de Greg Egan est assez original. Des scientifiques
qui explorent la galaxie, prennent l’apparence des êtres qu’ils vont rencontrer
dans d’autres civilisations. Ce n’est pas l’auteur que je préfère, et pourtant
cela se laisse lire. Seul le prétexte de mathématiques plus avancés ne semble pas convainquant. - Béni par un ange de Peter F. Hamilton nous raconte une rencontre avec un ange technologique. L’histoire se passe dans le même univers que celui de l’étoile de Pandore, donc dans le Commonwealth. J’adore Peter F. Hamilton, mais je le préfère dans des longs textes. - Les fleurs de Minla de Alastair Reynolds. Attention, excellente nouvelle ! Pour moi c’est la meilleure de cette anthologie. Merlin, un explorateur doit faire une halte forcée sur un monde qui va connaitre une grande catastrophe. Pour aider cette civilisation, il va lui révéler l’utilisation de l’atome. Mais après une période de stase dans son vaisseau, il va découvrir que cette civilisation est prête à s’entretuer plutôt que de gagner les étoiles. L’histoire se passe sur une vie entière, celle de Minla. La cinquantaine de pages a été dévorée d'une traite et cette histoire mériterait d’avoir une suite. - La reine des neiges de Mary Rosenblum nous entraine sur un
des satellites de notre système solaire. Un intermède entre deux grands auteurs. - Souvenance de Stephen Baxter est lié au cycle Xeelee de l’auteur et nous explique comment la Terre a été envahie par des extraterrestres puis s’est libérée de leur joug. - L’empereur et la Maula de Robert Silverberg est tout simplement les contes des mille et une nuits transposés dans l’espace. Dès les premières pages on devine le reste de l’histoire, mais ce vieux briscard de Robert Silverberg sait raconter de courtes histoires, format dans lequel il excelle. Et on se laisse piéger jusqu’à la fin de la nouvelle. - Un revers de fortune de Gregory Benford, vrai space opera technologique, dans lequel les protagonistes ont découvert un trou de vers qu’ils doivent maitriser. Mais un trou de vers peut se mordre la queue ! - L’art de la guerre de Nancy Kress. Mission de récupération d'artéfacts humains. Un peu trop militaire et pas assez captivant. Nancy Kress nous a habitués à beaucoup mieux que ça. - La muse de feu de Dan Simmons nous fait suivre une troupe de théâtre qui joue du Shakespeare et qui navigue à bord d’un vaisseau qui s’appelle la muse. Cette nouvelle est plus un prétexte pour nous parler de l’œuvre de Shakespeare qu’une vraie nouvelle de science-fiction. Même remarque que pour Nancy Kress. Dan Simmons peut mieux faire. Voilà une anthologie de science-fiction qui nous présente des textes récents et un panel de bons auteurs. Dans l’ensemble elle est bien structurée et se laisse lire. Je retiendrai principalement la nouvelle d’Alastair Reynolds qui vaut vraiment le détour. Je formulerai simplement deux reproches à l’égard de cette anthologie. Le premier c’est que le titre NSO n’est pas vraiment approprié à cause du choix des textes qui ne collent pas toujours avec le space opera. Et le second reproche qui me semble plus dérangeant, c’est que des auteurs comme Iain Banks ou David Weber sont absents de l’anthologie. Oublier David Weber, c’est comme oublier E.E. doc Smith à l’âge d’or de la science-fiction dans une anthologie dédiée au space opera. Dozois & Strahan n’ont pas été assez restrictifs dans leur choix et ont oublier des incontournables du space opera. En dehors de ces deux reproches, qui disparaissent si on ne se focalise pas sur le titre NSO, c’est un excellent panorama de la science-fiction actuelle. En tout cas c'est une excellente initiative de la part de Bragelonne, même si éditer une anthologie de nouvelles est plus risqué. Je conseille cette anthologie à tous ceux qui veulent lire ou découvrir quelques grand noms de la science-fiction actuelle. Le dépaysement est assuré. Je me demande maintenant si le même genre d’initiative pourrait se reproduire avec des auteurs francophones ! April 16 Star Trek 11Voilà un film que j'attendais depuis des années. D'abord parce que je suis un inconditionnel de Star Trek, ensuite parce que les vrais films de science-fiction se font trop rares sur les grands écrans. Ce Star Trek que j'attendais au tournant a été une grande surprise. Je me demandais qui pouvait bien relever le défi de ressusciter les personnages de Kirk, Spock et McCoy (et aussi de Uhura, Scotty, Chekov et Sulu). Et bien J.J. Abrams s'est lancé dans l'aventure pour le plus grand bonheur des fans (et de moi en particulier). J'ai vu l'avant-première du film au BIFFF.
Deux des acteurs du films étaient présents (ceux interprétant les rôles de McCoy
et Sulu). La sécurité au BIFFF était plus contraignante que d'habitude. Les
appareils photos et GSM étaient interdits dans la salle et devaient donc être
remis aux préposés avant de pouvoir gagner la salle de cinéma. C’est légitime
puisqu’il s’agit d’une grosse machine en avant-première. Star Trek est un film remplit de scènes
d'actions. Il n'y a presque pas de temps morts. L'histoire commence avec le
père de Kirk qui pendant douze minutes commande un vaisseau qui fait face à un
ennemi bien supérieur. La scène à pour seul but de nous faire découvrir dans quelles
circonstances est né James T. Kirk. On suivra Kirk et Spock pendant leur
adolescence, tandis qu'on découvrira McCoy lorsqu'il rentrera a Starfleet en
compagnie de Kirk. On fait ainsi la connaissance des personnages bien connus de
la série classique. Les différents entre Spock et Kirk sont tellement grands
qu'on se demande comment ces deux personnages vont devenir les meilleurs amis
dans le futur. Et c'est à des confrontations qu'on assiste le plus souvent. De
plus Spock est Lieutenant alors que Kirk est cadet qui doit devenir lieutenant
puis capitaine. Situation très bizarre qui heureusement ne le restera pas. On
découvre enfin comment Kirk a déjoué le test du Kobayashi Maru que Spock a
conçu. On apprend aussi pourquoi McCoy est surnommé « Bones ». En
fait le film complète parfaitement les dix films précédents, sans faillir à la
tradition. Sans révéler l'histoire qui se laisse
regarder, on constate rapidement que nous ne sommes pas dans la ligne
de temps traditionnelle de Star Trek. J.J. Abrams est parvenu à moderniser la série,
mais a aussi changer le cours des évènements. Pour ne pas heurter la
sensibilité des fans, il opte pour une ligne de temps qui sera modifiée dans le
passé. Ce qui fait qu'on voit à la fois le Spock qu'on connait depuis quatre décennies
(Léonard Nimoy) et le Spock de ce nouveau film. En prenant cette liberté, J.J.
Abrams ouvre une voie qui permet de relancer la série. Le film est tourné sur un ton vif et moderne,
avec des scènes époustouflantes. L'Enterprise à été entièrement relooké mais
reste reconnaissable. On retrouve enfin les pyjamas bleu, jaune et rouge, qui
manquaient aux fans. Finalement je trouve ce film excellent. Il
relance la franchise Star Trek. On peut imaginer qu'un ou deux films viendront
compléter celui-ci. Et on retrouvera certainement les mêmes acteurs dans les
mêmes rôles. Un film divertissant, pour amateur de Star Trek, mais aussi pour
tous ceux qui veulent voir un bon film de science-fiction. Mais alors, n'y a
t-il aucun défaut ? Si, il en a. Il ne laisse pas de temps au spectateur pour
souffler. Et le mauvais de l'histoire a approximativement le même but que le
mauvais dans Genesis. J'aurais aimé que la novellisation du film soit
disponible au moment de cette avant-première. Mais c'est peut-être trop
demander car la sortie officielle du film n'a lieu que trois semaines plus tard,
et le livre sera bien disponible à ce moment là. Je dirai donc : « Si vous aimez Star Trek, allez le voir et vous ne le regretterez pas ». Pour les autres, je dirai « C'est un excellent film de science-fiction ». A coup sûr, j'irai revoir ce film en salle et j'attendrai avec impatience le DVD de ce onzième opus. Excellent, il n'y a pas d'autre mot. Star Trek 11, 2009, Réalisé par J.J. Abrams, Acteurs :
Chris Pine (James T. Kirk), Zachary Quinto (Spock), Karl Urban (McCoy),
Léonard Nimoy (Spock) April 02 Interview de Laurent Genefort pour Phénix Mag Lors de la foire du livre de Bruxelles, Bragelonne était présent par l'intermédiaire de Laurent Genefort et Adriana Lorusso. Pour Phénix Mag j'ai fait l'interview de Laurent Genefort qui était là en temps que directeur de la collection Trésors de la SF chez Bragelonne, mais aussi en temps qu'auteur de science-fiction et de fantasy. Il n'y avait pas vraiment de lieu adéquat pour faire cette interview, mais après quelques péripéties elle a pu se faire. Laurent Genefort s'est gentiment prêté au jeu des questions et réponses, et je l'en remercie beaucoup. On trouvera donc cette interview sur le lien suivant : Phénix Mag. ![]() April 01 Baroudeur - Jack Vance (ActuSF)C’est toujours un plaisir de retrouver un livre de Jack Vance, même si il s’agit d’une réédition. ActuSF vient de sortir Baroudeur, un livre qui reprend cinq nouvelles qui sont sorties en 1951 et 1961. Dans un format pratique et très démocratique, ActuSF continue d’éditer régulièrement des perles de la SF. Les nouveaux lecteurs découvriront des nouvelles qui peuvent toujours se lire aujourd’hui, tandis que les anciens retrouveront des nouvelles qui étaient disséminées dans d’autres recueils. Jack Vance est un conteur né, un créateur d’univers incomparable, qui décrit les civilisations ou d’autres peuples comme peu d’auteurs savent le faire. A partir d’histoires dont la trame est relativement simple, il crée des mondes ou le lecteur devient à la fois explorateur et ethnologue. Ce recueil de nouvelles aurait pu s’appeler « Papillon de lune » qui est aussi le titre de la principale nouvelle. Mais ce titre a déjà été utilisé par Pocket dans sa collection « le livre d’or ». Heureusement cela ne gâche pas le plaisir de retrouver Vance à travers ces cinq nouvelles. - La princesse enchantée : et si une invention permettait
de filmer les images qui se déroulent au fond des yeux des aveugles ? A
partir de cette idée, Vance tisse une nouvelle qui oscille entre policier et
fantastique. Une intrigue qui se passe dans un hopital et qui nous parle de film, d'une belle aveugle et de docteur peu scrupuleux. Nouvelle très sympa malgré son démarrage un peu lent. - Personnes déplacées : adopte un format particulier. Sous forme d’éditorial, d’extrait de discours, de lettre, Vance nous conte la découverte de troglodytes qui font leur apparition à la surface de la Terre. Au début il s’agit d’une découverte scientifique et ethnologique. Les troglodytes ne sont pas nombreux, mais au fil de la nouvelles, ils sortent de leur trou par dizaines, par centaines, par milliers, pour arriver à six millions de personnes. Une vraie émigration venue des entrailles de la Terre. Les gouvernements essayent de régler ce flux de nouveaux arrivants en créant d’abord des camps dans lesquels ils sont rassemblés, ensuite en les expatriant vers des pays qui ont assez de place pour les accueillir. On assiste à des drames en apprenant que certains peuples se sont battus contre ces encombrants « Trogs ». Mais ces derniers ne résistent pas aux virus qui nous sont familiers. Le dénouement est triste car les troglodytes disparaissent presque dans la plus grande indifférence, tué par le virus de la grippe. Une nouvelle qui caricature parfaitement une situation qui existe aujourd’hui, celle des réfugiés. - Le papillon de lune : Une nouvelle axée sur la symbolique
du masque. Sur Sirène le masque est de rigueur. Ne pas en porter un correspond
à mettre sa vie en danger. Le masque est à la fois le moyen de se définir sur
le plan social et en même temps un moyen d’exprimer ses états d’âmes. A travers
une enquête policière qui ne concerne que des étrangers à Sirène, on suit une
enquête policière qui est difficile à résoudre pour le personnage principal car
il ne peut voir le visage des différents suspects. Derrière un masque
correspondant à un papillon de lune, le héros doit retrouver un criminel. Il s’agit d’une des meilleures nouvelles de
Jack Vance. Une perle qui mérite à elle seule l'achat de ce recueil. - Le bruit : probablement la nouvelle la plus faible de ce recueil. Le lecteur lit un journal retraçant les voyages oniriques du personnage principal. Écrit à la première personne, cette nouvelle n’accroche pas vraiment l’attention du lecteur. Son seul point positif c’est de démontrer une fois de plus que Jack Vance n’est jamais à court d’imagination. De monde en monde il ballade le lecteur, mais sans vraiment le convaincre. - Le temple de Han : nous présente un voleur qui s’empare d’un joyau dans le temple de Han. Il va être confronté aux prêtres du temple qui ne veulent qu’une chose : mettre fin à sa vie. Le voleur rencontrera le vrai dieu qui est vénéré dans ce temple. A travers une sorte de joute, il va le défaire. Un texte agréable à lire, mais un héros qui manque de charisme. Voilà cinq nouvelles inégales qui datent des débuts de Jack Vance mais qui se laissent toujours lire avec un certain plaisir. Il est difficile de ne pas avoir envie de lire(ou relire) un roman de Vance après ce recueil. Il reste décidément un auteur incontournable par bon nombre d’amateurs de SF, dont je suis. A consommer sans modération. Et si ActuSF veut nous faire un deuxième tome, c’est avec grand plaisir que je le lirai. March 07 Anticipation, 50 ans de collections au Fleuve Noir - Alain Douilly (Rivière blanche)Voilà un livre qui arrive à point nommé, à une période où bon nombre d'éditeurs piochent dans le catalogue du Fleuve Noir. Les différentes collections représentent une partie importante du patrimoine de l'imaginaire francophone. Patrimoine que le lecteur d'aujourd'hui ne connait pas toujours. Alain Douilly recense les différentes collections (Anticipation, Angoisse, Gore, etc.) mais aussi les cycles tels que Perry Rhodan, La compagnie des glaces, Jimmy Guieu. Il nous les présente de plusieurs manières. Par exemple les collectionneurs y trouveront les 2001 titres de la collection Anticipation, classés par numéro ou par auteur. Un dictionnaire des auteurs nous apprend qui se cache derrière les pseudonymes. Alain Doully n'a pas oublié de nous parler des illustrateurs qui ont imposé un style graphique à la collection anticipation : René Brantonne, Gaston de Sainte-Croix, Florence Magnin, Patrice Sanahujas pour n' en citer que quelques uns. Le livre est d' ailleurs abondamment illustré. On est étonné d' apprendre que bon nombre d' auteurs anglo-saxons ont un jour été publiés au Fleuve Noir : Poul Anderson, Leigh Brackett, Arthur C. Clarke, Isaac Asimov, A.E. Van Vogt, etc. La collection anticipation a presque été un passage obligé pour un grand nombre d' auteurs francophones qui sont des références aujourd'hui (Genefort, Klein, Ayerdhal, P.J. Herault, Dunyach, Jeury, Lehman pour n'en citer que quelques uns). Si un bon nombre de livres peuvent s' assimiler à du roman de gare, la collection regorge aussi de perles qui sont en train de revoir le jour auprès des éditeurs actuels. On ne peut que se réjouir de voir ses trésors enfin réédités. Ce livre trouve sa place dans une bibliothèque de l' imaginaire. Il est exhaustif sur la production du Fleuve Noir. On aurait bien voulu une version couleur du livre ou une description plus détaillées de chaque livre. Mais le livre aurait eu la taille d' un dictionnaire et son prix aurait monté en flèche pour un petit éditeur comme Rivière Blanche. Ce guide est une très bonne initiative qui arrive au bon moment. March 06 Mémoria - Laurent Genefort (Le Bélial)On retrouve dans ce roman l' univers des portes de Vangk bien connu des lecteurs de Laurent Genefort. Cette fois-ci on suit un tueur professionnel qui possède une étrange machine capable de transférer sa conscience dans le corps de ses victimes. Pour abattre sa cible il emprunte le corps des proches de celle-ci avant de la tuer. Seuls les grandes compagnies font appel à ses services car ses honoraires sont très élevés. Il va de monde en monde remplir son rôle d' exécuteur, franchissant à plusieurs reprises les portes de Vangk. Depuis près de cinq siècles il se transfère de corps en corps grâce à la machine Vangk qui est l' unique exemplaire dans la galaxie. Il atteint ainsi une forme d' immortalité. Mais il est aussi terrassé par des crises de souvenirs. Les siens? Ceux de ses victimes? Crises qui mettent parfois en péril ses missions. Il ne connaît pas son propre nom pas plus qu' il ne sait d' où il vient exactement. Laurent Genefort arrive à nous faire suivre un personnage qui n' a pas de nom et qui nous explique l' histoire à la première personne. Le roman est découpé en trois parties distinctes, trois missions que le tueur accepte de remplir. Dans la première on découvre le personnage et sa manière de procédé pour exécuter ses victimes. Dans la deuxième partie on découvre ses doutes, ses angoisses, les cauchemars qui l' obsèdent. Dans la troisième partie le tueur découvre qui il est réellement et quelle est son objectif. Cette dernière partie est une surprise pour le lecteur car Laurent Genefort ne révèle rien sur son personnage, si ce n' est dans les 20 ou 30 dernières pages du roman. On est parfois étonné de découvrir que le tueur est rapidement démasqué par des proches de la victimes ou des proches de celui dont il occupe le corps. On se dit qu' après cinq siècles il est capable de se fondre dans le paysage ou de se faire passer pour son hôte. Et bien non ! Ce n' est pas systématique, ce qui rend ses missions d' autant plus difficiles. Ce roman de 270 pages est écrit sur un ton vif et énergique. Il ne se perd pas en longues descriptions comme c' est de plus en plus souvent le cas des pavés écrits aujourd'hui. Laurent Genefort va à l' essentiel tout comme il l' a fait pour ses romans précédents. J' ai trouvé qu' il y avait beaucoup de similitudes entre Mémoria et La mécanique du talion qui se passent dans le même univers. Les deux personnages principaux sont déterminés coûte que coûte à remplir leur mission. Dans Mémoria elles consiste à exécuter les contrats lancés sur des victimes tandis que dans la mécanique du talion, le personnage se venge sur toutes les personnes qui lui ont fait du mal. Un livre de SF qui se laisse lire et qui est une excellente approche de l' univers des portes de Vangk développé par Laurent Genefort. (Mémoria - Laurent Genefort, éditions Le Bélial) February 28 Pandore abusée - L'étoile de Pandore T.1 - Peter F. Hamilton (Milady)Commencer la lecture d’un livre de Peter F. Hamilton est toujours un plaisir pour moi. Depuis que j’ai lu L’aube de la nuit, l’auteur est devenu un de mes préférés. Dragon déchu n’a fait que confirmer ma préférence pour cet auteur dont je suis devenu un inconditionnel. Donc il ne faut pas s’attendre à de l’objectivité de ma part concernant ce nouveau cycle. Pandore abusée est le premier tome du cycle L’étoile de Pandore. Cycle qui contient quatre volumes qui ont précédemment été édités en grand format chez Bragelonne et qui sont réédités chez Milady. Il s’agit d’un space opera comme seul Hamilton sait en faire, c'est-à-dire à la fois grandiose et cohérent, avec une ribambelle de personnages et bon nombre d’intrigues secondaires. Certaines se recoupent, d’autres laissent supposer qu’elles trouveront une suite dans les trois autres volumes du cycle. Ce premier tome nous plonge dans un univers propre à l’auteur, presque similaire à ceux de ses autres livres. Même si ce n’est pas celui de L’aube de la nuit ou celui de Dragon déchu, il y a un certain air de famille indéniable et le lecteur habitué à lire Hamilton s’y retrouve très vite. Pandore abusée se situe au vingt-quatrième siècle. L’humanité a colonisé quelques six cents mondes, qui forment le Commonwealth solaire. Elle utilise des portails de transfert qui ne nécessite pas l’utilisation de vaisseaux. Un jour un astronome découvre un phénomène bizarre. Une étoile disparait subitement à un millier d’années lumière de distance. Elle est emprisonnée dans un gigantesque champ de force qui la rend invisible à l’extérieur de son système solaire. Le Commonwealth intrigué par cette énigme décide d’envoyer une équipe scientifique. Mais pour cela il faut d’abord créer un vaisseau qui navigue plus vite que la lumière et qui peut générer des trous de vers. Si la majorité de l’humanité est favorable à cette mission, il y a des terroristes qui ne voient pas d’un bon œil sa construction et qui pensent que l’Arpenteur des étoiles est derrière tout cela. Ils font donc tout pour détruire le vaisseau en cours de construction. A ce stade-ci de l'histoire je me suis demandé ce que pouvait bien être cet Arpenteur des étoiles dont on parle souvent dans le livre, mais que jamais personne n’a vu de près ou de loin. Une sorte d’arlésienne cosmique accusée de tous les maux de l’humanité, qui ne joue encore aucun rôle. Mais on le sait très bien, chez Hamilton les personnages font parfois leur apparition très loin dans l’histoire, et je ne doute pas que le mystère qui règne autour de l’Arpenteur des étoiles sera dévoilé dans les tomes suivants. L’humanité arrive enfin à lancer son vaisseau qui se nomme Seconde chance. A partir de ce moment là, nous sommes au deux tiers du livre et les choses commencent vraiment à s’accélérer. Seconde chance parcourt rapidement les mille années lumière qui séparent le Commonwealth de ce mystérieux système solaire qui cache une étoile. Et voilà que arrivé à proximité, les scientifiques découvrent une gigantesque sphère de Dyson qui abrite l’étoile. L’histoire est soudain lancée, mais nous sommes presque à la fin de ce premier tome. Nous sommes dans les cent dernières pages pour être exact. Et là on retrouve le Peter F. Hamilton de l’aube de la nuit. Un mystère est sur le point d’être élucidé tandis que d’autres font leur apparition lorsque la sphère s’efface et permet au vaisseau de pénétrer dans le système solaire. C’est pour moi de l’excellent Peter F. Hamilton, mais si je dois
émettre quelques critiques concernant ce livre, elles concernent certaines longueurs. Par
exemple décrire tous les clans des terroristes est inutile. Nous faire vivre du vol à voile
pendant un nombre incalculable de pages l'est tout autant. Ou nous faire suivre un procès qui n’a aucun impact sur l’énigme à résoudre n'a pas non plus son sens. Il
y a aussi le fait qu’il y a trop de personnages et qu’il est difficile de savoir lesquels seront récurrents dans les tomes suivants. Ce
sont des défauts souvent rencontrés dans les livres de Peter F. Hamilton, mais c’est
aussi ça qui fait son originalité.Personnellement j'adore, et je trouverais anormal de lire un de ces livres qui ferait moins de cinq cents pages. Je ne peux que conseiller la lecture de ce cycle à tout
amateur de space opera. Peter F. Hamilton est un grand du NSO.Ce serait vraiment dommage de s’en priver ! February 23 Seigneur de lumière - Roger Zelazny (Denoël Lunes d'encre)Prix Hugo en 1968, « Seigneur de lumière » vient d’être réédité en omnibus chez Denoël Lunes d’encre. Il est accompagné de « Royaume d’ombre et de lumière » et « L’œil du chat ». Plus connu pour son cycle des neufs princes d’Ambre (10 tomes), Zelazny nous propose ici un roman qui fait référence au panthéon hindou. L’histoire se passe dans le futur sur un monde habité par des humains originaires de la Terre. Il y a les dieux qui disposent d’une technologie qui passe pour être de la magie auprès du peuple. Ils se battent entre eux afin d’avoir le pouvoir. Les uns veulent faire évoluer la civilisation tandis que les autres veulent la maintenir dans l’ignorance. On découvre ainsi que l’invention de la presse à plusieurs fois été effacée de telle manière que la connaissance ne soit pas partagée. Ces soi-disant dieux se nomment Siddhartha, Ratri, Shiva, Vishnou, etc. Leur immortalité tient au fait qu’ils peuvent changer d’enveloppe corporelle et ainsi se réincarner au fil des siècles. Parfois ils ont l’apparence d’homme, parfois l’apparence de femme. Ils maintiennent le monde dans l’obscurantisme jusqu’à ce que l’un d’entre eux se révolte et décide de changer le cours des évènements. Mais pour cela il doit s’emparer du « ciel », la cité dans laquelle vivent les dieux. Zelazny ne se perd pas en descriptions technologiques (char volant, baguette enchantée). Il nous narre l’histoire sur un ton vif et tranchant, avec des dialogues acérés. Il ne s’apesantit pas sur le bouddhisme, mais seulement sur les acteurs de la mythologie hindoue. Le livre oscille entre fantasy et science-fiction sans jamais basculer définitivement vers un des deux genres. Les 330 pages de ce roman sont rapidement lues, sans qu’on ne s’en rende vraiment compte. Je ne connaissais Zelazny qu’à travers le cycle d’Ambre que j’avais lu il y a très longtemps. Si j’ai bien retrouvé le style caractéristique de l’auteur, l’histoire ne m’a pas vraiment emballée. Zelazny a voulu se surpasser en proposant une histoire relativement simple enrobée de mythologie hindoue. Il n’a réussi qu’à rendre plus difficile la mémorisation des noms cités dans le livre. C’est un peu dommage. En lisant ce livre on pourrait penser qu’il a été écrit pour les hippies amateurs de science-fiction qui partaient en pèlerinages à Katmandu dans les années 60. Aujourd’hui ce n’est plus le même public et ce livre a très mal vieilli. A choisir, autant lire le cycle d’Ambre qui est de loin supérieur (surtout les cinq premiers tomes), dans lequel le lecteur retrouvera un univers qui peut encore être développé aujourd’hui (voir la trilogie de John Gregory Betancourt). Bien que je n’ai pas été convaincu par ce livre, c’est une bonne chose que de l’avoir réédité. Espérons qu’il trouve encore un public à notre époque. J’aurais trouvé plus judicieux de sortir le cycle d’Ambre en Omnibus. Heureusement, l’omnibus comprend aussi « Royaume d’ombre et de lumière » et « L’œil de chat ». Seigneurs de lumière, Roger Zelazny, Denoël Lunes d’encre, 817 pages, Traduit par Claude Saunier, révisé par Thomas Day) L'empire caché - Kevin J. Anderson (Bragelonne)Après avoir apporté sa contribution à l’univers de Star Wars et collaboré avec Brian Herbert aux suites de Dune, Kevin J. Anderson nous propose son propre univers avec ce premier tome de la saga des sept soleils. L’empire caché est un space opera de facture classique qui nous décrit un avenir dans lequel les humains ont colonisé bon nombre de systèmes solaires grâce à l’aide des Ildirans qui leur ont donné la technologie du moteur interstellaire. La Terre a essaimé à travers le bras spiralé de la galaxie, et la Hanse (ligue hanséatique terrienne) a été créée. Certaines colonies se sont définitivement séparées de la Terre pour former une nouvelle civilisation. Les vagabonds exploitent des stations d’écopage et revendent l’ekti (le carburant des vaisseaux) à l’ensemble des systèmes de la Hanse. Théroc, civilisation devenue indépendante de la Terre, fournit des prêtres verts qui peuvent communiquer par télépathie. Par téliens, les messages sont envoyés beaucoup plus rapidement que ce que permet la technologie. De son côté, l’empire Ildiran qui occupe le bras spiralé est sur le déclin et continue de se replier sur lui-même plutôt que de s’étendre à travers la galaxie. La curiosité des humains pousse ceux-ci à rechercher des vestiges et à découvrir une civilisation depuis longtemps disparues, les Klikiss. Puis à utiliser une de leurs technologies qui permet de créer des petits soleils à partir de lunes. Aux yeux des Ildirans, cela parait insensé car la galaxie regorge de systèmes solaires inexploités qui permettraient à la civilisation humaine de s’étendre. Mais les humains veulent leur montrer qu’ils sont capables de maitriser une technologie telle que celle du flambeau klikiss qui crée des soleils. C’est à ce moment que de mystérieux vaisseaux sphériques font leur apparition et détruisent plusieurs stations d’écopage. La civilisation humaine est soudain inquiétée par ces mystérieux vaisseaux tandis que l’empire Ildiran se prépare à faire face à un ennemi depuis longtemps disparu. L’utilisation du flambeau klikiss a été perçu comme un acte hostile par les Hydrogues ressurgis d’un lointain passé. Les humains espèrent trouver un moyen de contrer les Hydrogues en s’intéressant à des robots klikiss qui ont été réanimés. Mais que sait-on sur ces robots ? Que sont-ils capables de faire ? C’est encore trop tôt pour le dire. Mais les six livres suivants devraient nous le révéler. Kevin J. Anderson a opté pour des chapitres courts qui n’excèdent pas deux à cinq pages. C’est très déroutant car à peine s’intéresse-t-on à un personnage que déjà on doit le délaisser pour un autre. Si la technique a fonctionné pour Frank Herbert dans Dune, il n’en est pas de même pour Kevin J. Anderson dont les personnages manquent singulièrement de relief. On n’a pas l’occasion de se focaliser sur eux et on doit se contenter de suivre l’action au demeurant très lente. L’empire caché n’apporte rien de nouveau en space opera. Chez le même éditeur, Peter F. Hamilton fait preuve de plus d’originalité. Mais cela reste de la bonne science-fiction. La saga des sept soleils comprend sept tomes plus une bande dessinée (Veiled Alliances). Ce premier tome n’est que l’introduction à un univers beaucoup plus riche. C’est certainement un space opera à découvrir. Kevin J. Anderson, L’empire caché (La saga des sept soleils, tome 1), traduction Laurent Genefort, 551 pages, Bragelonne February 09 Phénix Mag Récemment Marc Bailly m'a invité à rejoindre l'équipe de Phénix Mag, ce qui me fait grandement plaisir. On retrouvera donc certaines chroniques sur Phenix Mag. Trames de Iain M. Banks devrait être la première. ![]() Trames - Iain M. Banks (Laffont Ailleurs & Demains)Un nouveau livre de Iain M. Banks est toujours un évènement, surtout si celui-ci fait partie du cycle Culture. Trames vient s’ajouter aux six précédents livres du cycle et peut être considéré comme un des meilleurs. L’histoire se passe sur Sursamen, un monde gigogne construit il y a plusieurs milliards d’années par les Involucra, une race qui a depuis longtemps disparu. Sursamen est un monde composé de différents niveaux, qui possèdent chacun leur propre soleil artificiel. Sur lesquels vivent des races dont l’atmosphère peut être liquide ou gazeuse. Ces différents niveaux sont reliés entre eux par de gigantesques tours qui abritent des puits permettant le passage d’un niveau à un autre. On apprend que 4000 mondes gigognes ont été créés autour de la galaxie et qu’il n’en reste plus que 1200. Les autres ayant été détruits par les Ilns. La Culture semble toute petite par rapport à la civilisation galactique qui a créé ces mondes gigognes dans un lointain passé. Le huitième niveau de Sursamen est occupé par les Sarles et les Deldeines, peuples humanoïdes qui se font la guerre avec des armes primitives. L’épée est l’arme classique et le revolver vient de faire son apparition. Derrière ces races se cachent des races mentors qui pour arriver à leur fin influencent délibérément les races inférieures. Au moment où l’histoire commence, nous suivons Ferbin,
un des trois enfants du roi Hausk, qui après avoir évité la mort s’est
réfugié dans une maison non loin du champ de bataille. Mais Ferbin qui n’a pas révélé sa
présence va assister au meurtre de son père. Tyl Loesp le tue et
fait passer sa mort pour une conséquence logique de la bataille qui
s’est terminée en faveur des Sarles. L'homme veut régner sur le
niveau 8 et sur d’autres, et pour cela il a besoin de tuer les
héritiers du roi Hausk, c’est-à-dire Ferbin, son frère Cadet Oramen et
leur sœur Djan Seriy Anaplian. Ferbin, qui est majeur, peut prendre la
place de son père sur le trône, mais plutôt que de revenir au palais où
il est certain de se faire tuer, il préfère fuir en compagnie de son
fidèle compagnon Choubris Holse. Son but est de retrouver un ancien ami
de son père qui fait partie de Circonstance Spéciale, avec l’espoir que ce dernier l’aidera à chasser le tyran du
pouvoir. Oramen, le second fils du roi, ignore que son père à été tué par Tyl Loesp, et il ne voit en ce dernier que le régent qui assure la transition tant qu’il n’a pas atteint l’âge requis pour régner. En attendant Oramen se consacre à l’exploration de la cité sans nom. Il exhume un sarcophage vieux de plusieurs millions d’années vers lequel tous les regards de Sursamen se retournent. Surtout ceux des Octes (les mentors des Sarles) qui pensent que le sarcophage contient un Involucra. Comme ils se croient les dignes descendants de ceux-ci, ils estiment que le sarcophage leur revient. Et c’est toute une flotte de vaisseaux Octes qui vient se mettre en orbite autour de Sursamen. Et puis il y a Djan Seriy Anaplian, la sœur, qui a quitté les Sarles depuis une quinzaine d’années, et qui entretemps est devenue un agent de la Culture et de Circonstances Spéciale en particulier. Quand elle a entendu que son père était mort, elle n’a eu qu’une envie, revenir sur Sursamen pour honorer sa mémoire. Trois vies, trois trames que le lecteur va suivre tout au long des pages. Dès les premières Iain Banks plonge le lecteur au cœur de l’action. On s’attend ensuite à ce que ce rythme soit soutenu, mais il n’en est rien. Banks a décidé de nous faire visiter la Culture en cinémascope et en Technicolor comme lui seul sait le faire. Que ce soit sur Sursamen le monde gigogne, sur un vaisseau de la Culture ou sur un monde-nid des Morthanveldes, Banks continue à nous surprendre par ses descriptions de civilisations ou de technologies. A partir de la découverte du sarcophage, l’histoire s’anime à nouveau et l’action prédomine jusqu’à la fin du livre. Puis elle se termine de manière inattendue, face à une menace qui met en danger Sursamen. Le livre contient un épilogue dans lequel on retrouve Choubris Holse longtemps après les événements du livre.Il nous laisse deviner le dénouement de l'histoire. L’image qu’on a de la Culture n’est plus tout à fait la même que celle qu’on avait auparavantt. Malgré son étendue et sa diversité, elle est en contact avec des civilisations aussi développées qu’elle, voire plus développées. On découvre que certaines races ont une race mentor qui elle-même a une autre race mentor, etc. A noter qu’il y a quelques personnages et lieux
originaux : un avatoïde avatar du mental d’un vaisseau de
la Culture, un drone qui s’est téléchargé dans un missile-couteau en
forme de vibromasseur, un Iln tueur de monde gigogne, des vaisseaux qui
ont des noms à coucher dehors et un nombre de personnages secondaires
tel qu’il vaut mieux ne pas les retenir (d’où l’intérêt de l’appendice
en fin de livre). On retrouve en fin de livre l’article « Quelques notes sur la Culture » écrit par Iain Banks qui était précédemment disponibles sur le Web en anglais. Trames est vraiment un excellent livre sur
la Culture. Iian M. Banks, Trames, Traduction : Patrick Dusoulier, 600 p., Robert Laffont January 04 La flotte perdue T.1 - Jack CampbellLa flotte perdue, T.1 : Indomptable – Jack Campbell (L’Atalante) C'est
un space opera militaire qui commence sur les chapeaux de roue. Après une
bataille spatiale, l’amiral Bloch décide de se rendre au Syndic, lui et sa
flotte de l’Alliance, pour éviter un plus grand carnage. Avant de partir il demande
à Jack Geary de commander la flotte en son absence. Mais l’amiral se fait
exécuter par l’ennemi et la scène est retransmise sur les écrans de tous les
vaisseaux de la flotte. Le problème
c’est que Jack Geary n’est pas un officier comme les autres. Il est sensé être
mort depuis une centaine d’années lors d’une bataille spatiale contre le Syndic,
le même ennemi de l’Alliance. Il est
resté endormi pendant un siècle dans un caisson et a été retrouvé par la
flotte de l’Alliance. Pendant son siècle de sommeil il est devenu une légende
sous le nom de Black Jack Geary. Jack Geary
va être confronté à sa propre image de héro qui ne colle pas à la réalité et au
commandement d’une flotte dans laquelle la plupart des capitaines sont
sceptiques sur ses capacités à la diriger. Le problème majeure vient que les
capitaines sont relativement inexpérimentés et qu’ils se battent pour l’honneur et
le courage, alors que Jack Geary fait davantage appel à la tactique et la
stratégie. Il doit dans un premier temps sauver la flotte en la mettant à l’abri
de l’ennemi, dans un second temps faire réparer les vaisseaux endommagés, et
dans un troisième temps conduire cette flotte vers l’Alliance. Sur son chemin
la flotte rencontre d’autres flottes du Syndic et Jack Geary doit former ses
capitaines de vaisseaux à l'utilisation de tactiques que lui seul a appris il y a
cent ans. De plus il doit convaincre ses officiers qu’il ne faut pas tuer systématiquement l’ennemi. Le défaire est déjà plus que suffisant. On rencontre
donc un héros qui veut casser l’image qu’on s’est forgée de lui pendant un
siècle. C’est un personnage qui doute de lui et qui doit en permanence
convaincre son entourage de ses choix tactiques et stratégiques.
Il est très
bizarre qu’un officier qui a dormi pendant un siècle, et vient à peine de se réveiller, puisse commander une
flotte alors que d’autres officiers le méritaient certainement. Jack Campbell
ne s’étale pas sur le problème et laisse le lecteur face à cette question. Le livre se
lit sans déplaisir. Les amateurs de space opera militaire y trouveront leur
compte. Les autres lecteurs n’y verront que des combats spatiaux. Personnellement j’ai trouvé que c’était très loin de valoir le cycle Honor Harrington de David Weber. On ne joue pas dans la même catégorie. Ce cycle est plus du niveau des planètes pirates d’Anne McCaffrey ou de Heris Serrano d’Elisabeth Moon. L’Atalante a récemment sorti le tome 2 de ce cycle : Téméraire. Et il y a encore : Courageous, Valiant, Relentless et Victorious qui doivent normalement suivre. Un petit cycle sympa, sans prétention, pour ceux qui ne veulent pas s’attaquer à celui d’Honor Harrington. December 17 Spin - Robert Charles Wilson Spin - Robert Charles Wilson (Denoël Lunes d'encre) Dans un avenir proche, le Spin, une fine membrane entoure la Terre et cache le soleil, la Lune et les étoiles. Au-delà de cette membrane le temps s’écouler beaucoup plus vite. Des centaines de milliers d’années s'écoulent alors que sur Terre seules quelques décennies ont passé. Pendant la journée une illusion de soleil apparait tandis que la nuit devient totalement obscure. C’est ce phénomène qui pendant une nuit va bouleverser la vie de trois enfants. Le livre les suit sur une période de trente ans. Il y a Jason et Diane, jumeaux du couple E.D. et Carole Lawton, et puis il y a Tyler Dupree, le fils de la bonne. C’est par ses yeux que le lecteur suit toute l’histoire. Comme les satellites ne sont plus d’aucune utilité, E.D. Lawton qui est un scientifique, propose d’utiliser des ballons stratosphériques pour assurer les communications terrestres. Il met en chantier un réseau de ballons qui remplacera les satellites. En parallèle il participe à la création de Périhélie, un parastatal américain qui se charge du réseau mais qui a aussi pour fonction d’analyser le Spin. Il s’agit d’un équivalent à la NASA qui travaillera avec cette administration. Jason, le fils d’E.D. est également un scientifique, voir un vrai génie, qui dirige Périhélie et qui supervise les missions d’exploration de Mars des sondes, puis l’envoi de bactéries pour terraformer la planète rouge, et enfin l’envoi de colons. Cent mille ans s’écoulent pendant lesquels une nouvelle civilisation verra le jour. Jason et E.D. s’affrontent sur la voie scientifique à suivre à Périhélie, pendant que Diane se marier et suit son mari dans une secte religieuse. Pendant ce temps Tyler devient médecin et rejoint Périhélie. A chaque chapitre Robert Charles Wilson nous dévoile un peu plus d’informations sur les recherches entreprises pour comprendre le Spin. Il nous fait suivre pas à pas, les cogitations des scientifiques de Périhélie. En parallèle, il nous dévoile les problèmes psychologiques de ses principaux acteurs (Tyler, Jason et Diane). Ce n’est pas une saga, mais c’est une vision très subjective des tourments des différents protagonistes. On est autant intéressé par les problèmes de conscience de Tyler que des projets scientifiques de Jason ou des difficultés qu’à Diane dans sa vie de couple. Le Spin est là, en toile de fond, et représente la première préoccupation du livre. Cette génération qui a grandi avec le Spin n’est pas vraiment optimiste sur son avenir, et l’anarchie et le chaos est de plus en plus présent sur Terre. Seul Jason semble être en mesure de voir un avenir radieux, et il s’y emploi du mieux qu’il le peut. Les martiens et les réplicateurs ont une grande importance dans l’avenir de l’humanité car ils permettent de mieux comprendre notre univers. Seul l’existence des Hypothétiques (ceux qui ont créé le Spin) reste un mystère. Tyler en temps que médecin assiste aux évènements les plus importants et nous révèlent les plans de Jason ou de E.D. son père (la terraformation de Mars avec des bactéries, l’envoi de colons vers Mars, l’envoi des réplicateurs dont la technologie provient de Mars). Tyler, c’est le personnage central de l’histoire, qui n’est pas à proprement parlé un héro, mais plutôt un excellent médecin généraliste, qui se trouve au bon moment au bon endroit et qui aura à plusieurs occasions à faire preuve d’un sang froid professionnel pour sauver la vie de ses proches. On ne peut s’empêcher d’avoir les mêmes craintes que lui tout au long de l’histoire. On vit ses moments de joie, de peine, ses aspirations ou le moindre de ses doutes. C’est en décrivant cet aspect humain plus que l’aspect technique, que Robert Charles Wilson a écrit un livre qui mérite largement son prix Hugo. Spin peut paraitre dramatique pour le lecteur. C’est probablement l’effet recherché par l'auteur. Mais quand on arrive à la fin du livre, on est heureux d’avoir vécu l’histoire à travers les yeux de Tyler Dupree et déçu de devoir quitter ce livre. Spin est un excellent roman de science-fiction, qu’il faut lire absolument. On retrouve dans celui-ci un point commun avec certains autres livres de Robert Charles Wilson : un évènement vient perturber le quotidien (voir les Chronolites ou Darwinia par exemple), Espérons que Axis, la suite de Spin, ne tardera pas à sortir chez Denoël Lunes d’encre. November 21 Espaces insécables – Sylvie LainéEspaces insécables – Sylvie Lainé (ActuSF)
C’est avec grand plaisir que j’ai lu ce second recueil de nouvelles de Sylvie Lainé. Le premier recueil (Le Miroir aux éperluettes) m’avait laissé un gout de trop peu, me laissant sur ma faim. Je m’étais demandé quand est-ce qu'un autre recueil verrait le jour. Voilà qu’ActuSF exhausse mon vœu. Bien que n’étant pas un grand fan des nouvelles (qui pour moi sont toujours trop courtes), j’ai découvert un style à la fois fluide et poétique, une science-fiction davantage axée sur les relations (humaines et extraterrestres) que sur la science elle-même. Sylvie Lainé à le chic pour mettre ces personnages dans un contexte qui ne dépayse pas le lecteur, mais qui le surprendra dans ses relations entre ses personnages. Je n’ai pas trouvé un texte aussi marquant que La Bulle d’Euze du recueil précédent. Mais les six textes qui sont réunis dans Espaces insécables sont une continuation du recueil précédent. - Carte blanche m’a particulièrement plu car la vie à bord d’une grande arche est régie par le hasard et par les cartes. Les habitants de l’arche sont obligés d’avoir d’autres partenaires, ce qui est un prétexte à de nouvelles rencontres que Sylvie Lainé nous détail parfaitement. - Le chemin de la rencontre est presque la suite de la nouvelle précédente dans laquelle un des personnages découvre des méduses qui parlent en dégageant des odeurs. - Partenaires est encore une de ces
rencontre où des humains sont confrontés à un
ordinateur un peu trop imaginatif. Cela bascule entre hilarant et dramatique. - La passe-plaisir se focalise sur des voyageurs temporels issus d’époques différentes qui décident de partir ensemble vers le futur. - Définissez ; priorités parle de télépathie et de mission spatiale en préparation pour un autre système solaire. - Subversion 2.0 est certainement la nouvelle que je préfère dans ce recueil. Que
ferait notre clone si on lui apprenait qu’il n’a plus qu’une semaine à vivre ?
C’est à la fois cocasse et mélancolique. Ça mériterait un court roman. Dans l’ensemble Espaces insécables est bien équilibré et ravira ceux qui ont aimé le premier recueil. On peut regretter que ce soit trop court, qu’un livre de 300 ou 400 pages nous aurait parfaitement convenu. Mais ne gâchons pas notre plaisir. Grâce à ActuSF ont peut découvrir (ou redécouvrir) des perles qui méritent d’être éditées. Je n'ai qu'une seule question à poser : à quand le 3ème recueil de nouvelles de Sylvie Lainé ? http://www.actusf.com/les3souhaits/ November 11 Plaies d'honneur - David WeberPlaies d'honneur Tome 1 & 2 - David Weber (L'Atalante) Trop long, trop de personnages et trop lent. Voilà ce que je reprocherai à ce dixième opus de Honor Harrington. Bien que j’adore ce cycle, je dois constater que David Weber n’a pas pensé à ses lecteurs en écrivant ce livre. Il aurait pu faire 300 pages de moins sans nuire à l’histoire. Non, malheureusement il faut lire 1100 pages pour se rendre compte que c’est reparti pour un tour. Depuis l’attentat contre le précédent gouvernement Manticorien, cinq
ans se sont écoulés et le nouveau gouvernement de Haute-Crète n’a pas cru bon
maintenir les investissements militaires, tout comme il n'a pas signé de traité de paix avec Havre, et par la même occasion n'a pas restitué les système stellaires conquis. La FRM (flotte royale manticorienne) ne peut pas protéger convenablement tous les systèmes conquis depuis la dernière guerre. Mais pendant ces cinq années de trève la république
a reconstruit sa flotte. Honor Harrington et Havre-Blanc sont dans l’opposition
et constituent la vraie opposition contre le gouvernement de Haute-Crète. Mais
Honor Harrington est envoyée en Silésie pour prendre le commandement de la base
de Sidemore. Elle est aux commandes d'une flotte de vaisseaux qui ne sont pas de toute dernière génération. Heureusement une flotte Graysonienne constituée de bâtiments modernes accompagne sa flotte Manticorienne.On assiste à des échanges diplomatiques entre le gouvernements Manticorien qui est incompétent et le gouvernement Havrien qui veut la paix mais prépare la guerre si le traité de paix n'est pas signé rapidement. Un vrai paradoxe. Seul le Proctectur Benjamin Maihew semble rester lucide. Tandis que les relations entre Manticore et Grayson semblent se détériorer à cause de l'incompétence du gouvernement Haute-Crète, il n'a pas hésité à renforcer la flotte de son meilleur officier et à renforcer le détachement Manticorien qui protège le trou de ver de l'étoile de Trévor. Ce livre est moins guerrier que les précédents. David Weber s’est focalisé sur les différents protagonistes (en trop grand nombre) et nous fait suivre toutes leurs élucubrations et tergiversations jusqu’au point de non retour. On peut pratiquement dire qu’il ne se passe rien dans le premier des deux tomes, et que l’histoire ne démarre qu’après 200 pages dans le second tome. C’est beaucoup de temps perdu pour le lecteur. Les scènes de bataille sont bien présentes, mais elles sont coupées, comme si David Weber n’avait plus envie de nous les raconter jusqu’à leur dénouement. Souvent c’est au chapitre suivant qu’on apprend que la bataille à été gagnée par un des adversaires. Après lecture de ce tome 10 beaucoup trop gros, on comprend que
Manticore se retrouve à la case départ et que David Weber a placé ses
personnages dans une situation qui permettrait d’écrire encore plusieurs livres.
Mais apparemment, dans un futur proche, le lecteur devra se contenter que d’un onzième tome (pas encore
traduit) et six livres de nouvelles se situant dans l’honorverse (l’univers de
Honor Harrington). Reste à savoir si l'Atalante traduira et éditera aussi ces six livres. A lire absolument pour les inconditionnels d’Honor
Harrington (dont je suis), mais ce n'est pas le meilleur livre du cycle. Tout au plus le plus épais. C’est plus une vraie épreuve qui met à rude épreuve la patience du lecteur. Je me demande parfois si
ce livre n’a pas été écrit tout simplement pour vérifier la fidélité des fans
de la série. Oui, je sais, j'en fais partie ! November 01 La forêt de Cristal - James BallardLa forêt de cristal - James Ballard (Denoël Lunes d'encre) La forêt de cristal ne m’a pas laissé un souvenir impérissable, et pourtant je viens de lire la réédition proposée par Denoël Lunes d’encre. Je n’avais jamais lu Ballard auparavant. Les quatrièmes de couvertures de ses autres livres ne m’emballaient pas vraiment, au point de me demander si c’était vraiment de la science-fiction. Donc pour ne pas mourir idiot et au moins essayer un auteur dont beaucoup disent du bien (entre autre sur certains forums SF où les lecteurs semblent tous être tombés dans le chaudron Ballard), j’ai décidé de lire cette réédition qui bénéficie d’une retraduction. L’histoire se passe dans les années 50-60 en Afrique. Ma première réaction a été de faire un parallèle avec Tintin au Congo ou avec le film The african queen à cause de la première image que montre Ballard. Dans une Afrique post-coloniale, le docteur Edward Sanders arrive à Port Matarre et doit se rendre à Mont Royal pour s’occuper d’une léproserie et par extension retrouver sa maitresse qui est la femme de son collaborateur. Ballard crée une ambiance sombre et mystérieuse qui deviendra plus tard belle et dangereuse. C’est très bien écrit, le rythme est lent et l'atmosphère mélancolique, voir un peu envoutante.Il arrive très bien à nous plonger dans l’ambiance de ces vieux films d’aventure où le héros va simplement d’un endroit à un autre, mais à qui on devine parfaitement qu'il arrivera des choses. Sanders dans son voyage est entourée d’une jolie journaliste qui ne le laisse pas insensible, d'un architecte un peu dérangé qui veut retrouver sa femme, d'un prêtre jésuite et d'un médecin militaire, sans parler d'hommes à la mine patibulaire qui sont prêts à tuer… mais pourquoi ? Les clichés du vieux film avec Humphrey Bogart sont pleinement utilisés par Ballard. Le docteur Sanders va devoir se rendre à Mont Royal par le fleuve car c’est impossible de s'y rendre par la route. Il va être confronté à cette forêt sombre le jour et lumineuse la nuit, dans laquelle la nature et les animaux et humains qui s’y attardent sont cristallisés. On se rend
vite compte que Sanders est un médecin qui ne soigne pas mais dont le
passe temps favori est de se ballader dans cette étrange forêt de cristal. Quand il arrive enfin à Port Royal, on devine qu’il est
fasciné par cette forêt de cristal et que finalement toute l’intrigue de l’histoire
ce résume à ça. En dehors du fait qu'on découvre que c'est une fuite temporelle qui est à l'origine du phénomène, l'aspect scientifique a complètement été gommé, tout comme aucune solution n'est donnée pour se débarrasser de celui-ci. On apprend que cette étrange forêt n'est pas la seule sur Terre. En fait Ballard a préféré se focaliser sur la psychologie de ses personnages et leur fascination pour une mort belle et froide plutôt que sur l'action. C'est ce manque d'action qui est à l'origine de mon ennui pendant la lecture du livre. Peut-être que ce livre aurait dû s'appeler L'appel de la forêt de cristal. Le titre aurait été plus judicieux. Non, je n’ai pas aimé ce livre. Non, je ne lirai pas d’autre Ballard (à moins qu'il écrive un livre de hard science, un space opera, un planet opera ou un thriller futuriste, mais je n'y crois pas). Je n’ai pas été émerveillé par l’auteur ni par l'histoire. Je ne suis pas tombé dans le chaudron qui transforme les lecteurs en clones qui adorent Ballard comme c'est le ces sur certains forums. Mais au moins ai-je essayé de lire un de ses livres. Je pense que le sillon SF dans lequel j'ai découvert et aimé celle-ci m'a marqué plus profondément que prévu. A l'époque de ce livre, je lisais Heinlein, Herbert, Asimov, Vance, Clarke ou Silverberg. Ceci dit, indépendamment de mes gouts personnels en SF, je dois reconnaitre que ce livre est bien écrit et plaira certainement à des
lecteurs plus en phase avec le genre de Ballard (transfiction, new wave). Malheureusement ce n’est pas mon cas. Désolé. September 12 100 mots pour voyager en science-fiction - François RouillerCe livre propose de présenter la science-fiction en 100 mots.
Pas 100 mots de science-fiction, mais 100 mots qui sont sensés rassembler des œuvres
de science-fiction (livres, films, bande dessinées, etc.). On trouvera par
exemple : architecture, déni,
griffes, maison, pire, rumeur, zut. Des mots qui ne donnent aucune
indication précise sur un thème de science-fiction. En fait le livre se lit
dans n’importe quel ordre. Le lecteur choisit un mot et se retrouve plongé dans
un chapitre qui part dans tous les sens parce que François Rouiller connait
bien son sujet et arrive à trouver des liens là où le lecteur passerait à côté
de ceux-ci. Autant sortir des cartes d'un chapeau et par un tour de passe-passe trouver un dénominateur commun. C'est trop facile ! Pour un amateur de science-fiction averti, ce livre est
décousu et ne suit pas la logique classique des thèmes. On peut aimer ce genre
de désordre quand on lit un livre de philosophie, mais dans le cas de la
science-fiction ce n’est pas du tout approprié. Je dirai donc que ce livre
mériterait d’être réordonné complètement pour devenir très intéressant. Son
contenu est excellent, mais sa présentation déroutera plus d’un lecteur. February 03 Brussels international fantastic film festivalComme chaque année le BIFFF (Brussels international fantastic film festival) nous présente son lot de nouveautés en fantastique, science-fiction, thriller et horreur, accompagnés par des invités surprises. Cette année-ci il se tient du 27 mars au 8 avril à Tours et Taxis (86c avenue du port, Bruxelles 1000). Je le mentionne car j'y ai été abonné pendant 17 ans, et j'essaie encore d'y aller de temps en temps. C'est un évènement marquant pour tous les amateurs de fantastique et SF. Toujours organisé par une bande de passionnés. On trouvera plus d'informations sur le site du festival : http://www.bifff.org/ L'homme démoli - Alfred BesterL'homme démoli - Alfred Bester (Denoël Lunes d'encre) En 2007, la réédition de L’homme démoli et Terminus
les étoiles de Alfred Bester chez Lunes d’encre m’a incité à lire cet auteur. Dans un premier temps je me suis focalisé sur L’homme démoli, un roman de science-fiction sorti en 1953, qui a emporté le premier prix Hugo. Roman policier situé au vingt-quatrième siècle dans lequel on suit le richissime Ben Reich qui a la tête d’une multinationale va échafauder un plan machiavélique pour redresser la situation financière de sa compagnie. Il propose à son concurrent direct de fusionner les deux compagnies. Mais la réponse attendue n’est pas celle qu’il espérait, et il doit alors planifier le meurtre de son concurrent à une époque où le meurtre a disparu. La police est constituée de télépathes à qui il est presque impossible de cacher un crime. Ben Reich doit donc imaginer un moyen de contourner ce problème en s’adjoignant les services d’autres télépathes. L’homme n’a pas le moindre scrupule et est prêt à éliminer tous ceux qui se présenteraient sur son chemin. Mais voilà, le jour où il veut rencontrer son concurrent, celui-ci est tué par quelqu’un d’autre. Et Ben Reich est le premier suspect. On assiste à une course poursuite entrecoupée de rebondissements entre Ben Reich et Lincoln Powell le préfet de police. La démolition, c’est la perte de son identité, qui sera plus tard suivie par l’insertion d’une nouvelle identité. C’est ce que Ben Reich veut éviter à tout prix. Les télépathes se divisent en trois catégories d’extrapers (expert en perception extrasensorielle) En re-visionnant la série Babylon 5, je me rends compte que le créateur de celle-ci, pour définir son corps-psi, s’est vraiment inspiré du roman de Alfred Bester. Un des personnages les plus emblématiques s’appelle d’ailleurs Bester. Et dans un des épisodes, on fait également mention de la démolition. Babylon 5 est donc un bon clin d’œil au roman. L’homme démoli peut donc se lire comme un
roman policier. Après plus d’un demi-siècle d’existence, si on fait exception
des fusées, le roman n’a pas pris une ride. Un roman court à conseiller autant
aux amateurs de SF que de policier. J'ai vraiment passé un bon moment avec ce livre, et je vais certainement continuer avec Terminus les étoiles. January 12 Double étoile - Robert HeinleinDouble étoile - Robert Heinlein (Folio 294) Je viens de lire Double étoile de Robert Heinlein , la version révisée par Folio. Un roman écrit il y a plus d’un demi-siècle et qui se lit toujours aussi facilement aujourd’hui. Il y a encore quelques vieilleries qui trainent dedans, comme les vaisseaux qui sont des fusées, ou les martiens qui ressemblent… à des martiens. Mais en dehors de ces petits détails le roman n’a pas perdu de son attrait. L’histoire est racontée par Lawrence Smith, acteur de son état, plus connu sous le pseudonyme de Grand Lorenzo ou Lorenzo Smythe. Un jour deux hommes lui proposent de jouer un rôle temporairement. Lorenzo accepte et se retrouve rapidement embarqué dans un vaisseau qui se dirige vers Mars. Il apprend en chemin qu’il doit prendre la place de John Bonforte un homme politique important qui vient d’être kidnappé. Pendant que Lorenzo joue la doublure, Bonforte est relâché par ses ravisseurs, mais amoindri il n’est plus en mesure d’apparaître en public. Heureusement, Lorenzo est un homme consciencieux faisant preuve d’initiative, qui continue de remplacer Bonforte. L’histoire est apparemment simple. En un peu moins de 300 pages, Heinlein arrive à nous captiver sans chercher à nous imposer une vision politique. Son personnage principal est attachant et les situations rencontrées ne sont pas très éloignées de ce qui pourrait arriver aujourd’hui. La chute du gouvernement, la rencontre avec l’empereur, la compagne électorale, la formation du gouvernement intermédiaire nous sont familiers. Même les désaccords et coups bas au sein du parti de Bonforte ressemblent à ce qu'on peut voir dans la presse. De ce côté-là le livre n’a pas pris une ride. Il nous dévoile simplement les coulisses qui mènent au pouvoir. Double étoile n’est pas dénué d’humour, ce qui renforce encore un peu plus le ton léger emprunté par Heinlein. On retrouve son style déjà rencontré dans Révolte sur la Lune, mais à un moindre niveau. Ce livre a eu le prix Hugo en 1956 et il le mérite. J’espère que Folio éditera rapidement En terre étrangère et Révolte sur la Lune. Voilà donc encore un Heinlein de bonne facture qui se lit sans déplaisir. |
|
|||||||||||||||||||||
|
|