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    May 12

    Joyeuses apocalypses - Jacques Spitz (Bragelonne)

    Lire Jacques Spitz, c’est un peu comme lire du H.G. Wells, du Olaf Stapledon, ou du Richard Matheson. On se retrouve transposé à une époque où la science pouvait faire basculer le sort de l’humanité en moins de temps qu’il ne le faut pour le dire. La collection Trésors de la science-fiction dirigée par Laurent Genefort, nous propose ici un Omnibus qui comprend trois romans courts, dont un inédit, et six nouvelles de science-fiction.

    - La guerre des mouches peut ressembler à un de ces films dans lesquels on suit une invasion d’insectes (de sauterelles, de guêpes, de vers, de fourmis, etc.) contre laquelle les humains doivent se battre. Dans le livre cette invasion commence en Asie, continue vers le Proche-Orient, passe par l’Afrique avant de s’attaquer à l’Europe et au reste du monde. Invasion provoquée par des mouches qui déposent des ordures sur lesquels pullulent des virus mortels pour l’homme. La science n’arrive pas à éradiquer ce fléau et les militaires utilisent des armes qui ne sont pas adaptées à la chasse aux mouches. Pendant toute la lecture du roman, on espère que l’humanité va vaincre ce danger. Pas du tout. Jacques Spitz nous dévoile une fin qui signe la mort de l’humanité. Un livre intéressant, qui reste agréable à lire. A comparer à la guerre des mondes de H.G. Wells.

    - L’homme élastique est à mon sens le meilleur livre de cet omnibus. Un savant misanthrope trouve le moyen de réduire ou d’agrandir les objets. Un jour il décide d’utiliser son invention sur des animaux. On suit ses péripéties alors qu’il arrive à tuer des lapins ou à créer un coq de deux mètres de hauts. Mais ces animaux meurent parce que la différence de taille nécessite de respirer un air adapté et de manger une nourriture également adaptée à la taille. Le savant est en passe de résoudre le problème lorsqu’un nain se propose comme cobaye avec l’espoir d’avoir un jour une taille normale. Le roman s’accélère lorsqu’il aborde la seconde guerre mondiale (une seconde guerre qui n’est pas celle que nous avons connue). L’invention du savant est utilisée à grande échelle. Des régiments entiers de soldats de cinq centimètres de haut voient le jour et s’infiltrent derrière les lignes ennemies pour semer le carnage. Des hommes ballon de cent mètres de long suivent les mouvements de troupes depuis le ciel, etc. Jacques Spitz a une imagination débridée qui fait que ce roman est vraiment plaisant à lire. La première partie se termine par la fin de la guerre. La deuxième partie se passe une vingtaine d’années plus tard et est racontée par la fille du savant. Elle nous montre les implications de cette invention sur le reste de l’humanité. Certaines situations peuvent paraître cocasses tandis que d’autres sont dramatiques. Mais la conclusion de cette histoire c’est que l’homme qui ne veut pas modifier sa taille deviendra tôt ou tard une race à part qu’il faudra mettre dans un zoo.

    - La guerre mondiale numéro 3 nous présente l’URSS et les USA en temps qu'envahisseurs. On assiste à une course poursuite qui mène à un face à face à l’échelle de la planète. Roman raconté comme un livre d’Olaf Stapledon, sans véritable personnage. Idée intéressante, surtout pour les hommes congelés. Un roman qui se détache des deux autres.

    Les six nouvelles restent sur le même thème, celui de l’apocalypse.

    - Après l’ère atomique – Et si la vitesse de la lumière se mettait à ralentir, que se passerait-il ? Sujet original.

    - Le Nez de Cléopâtre – Nous parle d’une invention qui transforme l’eau en boue. Oui, très bien. Mais que se passerait-il si ce phénomène s’appliquait à la Terre entière ?

    - L’interview d’une soucoupe volante – Nouvelle assez loufoque qui nous montre que les extraterrestres exportent un autre type de caviar vers leur planète.

    - L’énigme du V51 – La fusée V51 s’est posée sur la Lune, et les astronautes ont découvert des humains qui y vivent depuis des milliers d’années. Ce qui ne leur donne plus envie de revenir sur Terre.

    - Les vacances du martien – La nouvelle la plus faible de cette omnibus, dans laquelle des martiens viennent faire du tourisme sur une Terre vieille et décrépie.

    - Le secret des microbes – Nous raconte comment une personne a des conversations avec un de ses microbes. Ce n’est pas la meilleure nouvelle de l'omnibus.

    Il y a une cerise sur le gâteau avec De la guerre des mondes à la guerre des mouches l’excellente postface de Joseph Alterac qui nous fait un parallèle entre Jack Spitz et H. G. Wells. J’ai personnellement commencé par lire cette postface avant de lire les romans et nouvelles. Je suggère aux lecteurs de commencer par lire cette postface vraiment intéressante.

    Dans l’ensemble un Omnibus plaisant, facile à lire, nous montrant une science-fiction d’une autre époque, mais une science-fiction où l’imagination est reine. Jacques Spitz est un auteur à découvrir ou à redécouvrir. Cette édition reprend les textes d’origines (qui datent de 1938 pour certains). Il faut les lire en se remémorant le contexte de l’époque. Un livre à conseiller aux lecteurs qui veulent passer un bon moment de science-fiction divertissante.

    Joyeuses apocalypses, Jacques Spitz, Bragelonne, 430 pages, 2009


    May 01

    Vision aveugle - Peter Watts (Fleuve noir)

    A la lecture du quatrième de couverture on devine qu’il s’agit d’un livre de hard science qui va nous plonger au-delà des limites de notre système solaire, à la découverte d’un artéfact. Oui… oui… c’est le genre de sujet qu’on a déjà eu l’occasion de lire à travers des romans comme « Rendez-vous avec Rama » de Arthur C. Clarke ou « Eon » et « Eternité » de Greg Bear. Serait-ce une version revisitée d’un de ces romans ? Pas vraiment. Peter Watts à décidé de nous montrer un équipage composé de personnes modifiées (qui ont subi des altérations biologiques) et qui se retrouvent au-delà du nuage d’Oort, à une demi année lumière de notre étoile. A bord du vaisseau Thésée, ils découvrent un gigantesque artéfact de neuf kilomètres de long qui n’est rien d’autre qu’un vaisseau spatial perdu dans l’immensité du vide, dans une région ou les astéroïdes sont un réel danger.


    L’histoire est racontée à la première personne. Siri Keeton, le narrateur, suite à des crises d’épilepsie n’a plus que la moitié de son cerveau. L’autre partie ayant été remplacée par un ordinateur lorsqu’il était enfant. Le commandant du vaisseau est un vampire et les autres membres d’équipage sont aussi atypiques. Par exemple le « gang des quatre » réunit quatre consciences dans un seul corps. A ce stade-ci on se demande ce que vient faire un vampire dans l’histoire. Pourquoi pas un mage, un lapin rose avec un chapeau, une danseuse de claquettes ou un elfe ?


    Le livre demande une grande attention lors de la lecture pour bien comprendre l’histoire. Presque à chaque chapitre, on trouve un flashback qui nous retrace un des épisodes de la vie de Siri Keeton qui entretenait une relation conflictuelle avec son amie Chelsea. Si ces flashbacks nous aident à mieux comprendre la personnalité de Siri Keeton, ils ne nous aident en rien pour comprendre la situation actuelle. C’est quasiment un tiers du livre qui est consacré aux états d’âme du personnage et qui est inutile.


    Peter Watts est biologiste et n’hésite pas à nous faire fréquemment de petits cours de science pendant toute la lecture du livre. L’idée sous-jacente qu’il veut nous montrer, c’est qu’il n’y a pas de lien intrinsèque entre l’intelligence et la conscience. Et il va nous le décrire à travers les communications entre le Rorschach (l’artefact) et l’équipage du Thésée. Est-ce que l’artéfact dispose bel et bien d’une vraie conscience ? Ou bien s’agit-il d’une simulation ? L’expérience de la chambre chinoise, qui a été développée par John Searle au début des années 80 est ici mise en valeur. Est-ce qu’un programme informatique aussi complexe soit-il, est suffisant pour donner un esprit au système ? J’invite le lecteur à aller sur Wikipédia pour en savoir plus.


    En temps que lecteur on s’attend à suivre l’exploration de l’artéfact et à partager le danger avec les héros. Mais si l’artefact est bel et bien dangereux, ce qui nécessite de renforcer la protection des membres d’équipage et d’effectuer de courtes missions entre le Rorschach et le Thésée, on est très loin de ce que Clarke ou Bear nous proposent. C’est à peine si les personnages arrivent à mettre un pied sur ce qui semble être un vaisseau qui s’agrandit en permanence. La déception est au rendez-vous. Pas de grandes explorations qui vont nous faire découvrir un environnement extraterrestre. Simplement des personnages qui butent sur un artéfact hostile, et qui ont des crises de conscience. C’est un peu comme si on nous demandait de visiter un building, mais qu’on ne va pas plus loin que le hall d’entrée parce que les ascenseurs sont à l’arrêt. De plus Peter Watts a la vilaine manie de nous créer des paragraphes qui commencent par « Imaginez que vous êtes… » et on est parti dans des digressions qui n’ont rien à voir avec l’histoire. Ce qui fait que les 330 pages de ce roman pourraient se résumer à une cinquantaine.


    Le livre ne tient pas ses promesses. Si il a été nominé à un certain nombre de prix, il n’a pas décroché la timbale comme l’a fait « Rendez-vous avec Rama » de Arthur C. Clarke (Hugo 1974). Il n'a ni l’originalité de Clarke, ni l’imagination de Greg Bear ou celle de Peter Hamilton (voir la nouvelle concernant l’exploration d’un artéfact, parue dans Galaxies 24). Au lieu de cela on se retrouve avec un cours de biologie déguisé en livre de science-fiction. Il s’agit plus d’un livre d’introspection que d’exploration. Un livre complexe qui nécessite d’être concentré lors de sa lecture, mais qui n’attirera pas le lecteur en quête d’aventure.


    Vision aveugle, Peter Watts, Fleuve noir, 344 pages, traduit par Gilles Goullet, 2009