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    August 20

    Le seigneur de Samarcande - Robert E. Howard

    Bragelonne continue son exploration de l’œuvre de Robert E. Howard. Après l’intégrale de Conan et le livre consacré à Solomon Kane, voici l’époque des croisades revisitée par Robert E. Howard. On y découvre Cormac FitzGeoffroy, Gottfried von Kalmbach ou Sonia La Rousse.

    Patrice Louinet a réuni ici l’intégrale des nouvelles se rapportant aux histoires orientales écrites par Howard. Les textes précédemment édités chez Néo ou au Fleuve Noir bénéficient d’une nouvelle traduction et ne sont plus censurés. Ils sont complétés par des textes inédits et parfois inachevés. Et ce qui ne gâche rien, ils sont accompagnés par les dessins de Stéphane Collignon.

    A l’époque de Soliman et de Gengis Khan, des remparts de Vienne à ceux de Cathay, Howard nous présente des personnages sans peur mais pas sans reproches, qui sont presque des transpositions de Conan. Comme lui, ils n’ont pas de maitres et louent leurs services à qui leur semble digne. On ne suit pas systématiquement le même personnage, ce qui peut être un peu déroutant. Les nouvelles sont plus agencées pour correspondre à une époque données, ce qui fait qu’une nouvelle se passant au proche orient donnera suite à une nouvelle se passant en Asie.

    Concernant Robert E. Howard, j’en étais resté à Conan (et au roi Kull), et je n’avais pas cherché à explorer ses histoires orientales. Avec ce livre j’ai retrouvé un Howard au mieux de sa forme, à l’aise dans les grandes batailles, avec des héros d’airain qui côtoient la mort sans la craindre. Personnellement j’ai une préférence pour les nouvelles qui mettaient en scène Cormac FitzGeoffroy. Le seigneur de Samarcande m’a plut, tout comme L’ombre du vautour, mais ce ne sont pas mes nouvelles préférées. La présence de Sonia La Rousse dans cette dernière nouvelle n’a pas fait pencher la balance en sa faveur. Sans doute est-ce dû au fait que le film a laissé une empreinte qui ne correspond pas à cette nouvelle.

    Un livre épique à plus d’un titre, dans lequel le fracas des armes est présent à chaque page. Howard ne s’embarrasse pas d’intrigues complexes à dénouer par le lecteur. Il préfère emmener celui-ci au cœur des batailles, et cela, dans un style qui lui est propre. On comprend mieux en le lisant, qu’il a inspiré beaucoup d’auteurs de fantasy. Après trois quarts de siècles, ses nouvelles n’ont rien perdu de leur verve, de leur rythme ou de leur intérêt. Howard reste un grand maitre de la fantasy. Mais peut-on considérer ce livre comme de la fantasy alors que ses nouvelles se passent dans notre moyen-âge ?

    Ceci dit, ce livre n’est pas une traduction d’un livre anglo-saxon. Patrice Louinet a non seulement rassemblé et traduit ces textes, mais il nous a également gâté en nous proposant un volumineux appendice qui inclut des textes inachevés de Robert E. Howard. Un travail important qui mérite d’être souligné. Ce livre doit sans aucun doute rejoindre les quatre précédents dédiés à Howard, et édités par Bragelonne.

    Le seigneur de Samarcande, Robert E. Howard, Traduit par Patrice Louinet, illustration de Stéphane Collignon, Bragelonne, 576 Pages, 2009


    Science fiction illustrations - Jean-Pierre Normand

    Récemment en commandant un Rivière Blanche, j’ai été attiré par la couverture du Science fictions illustrations. Sans reconnaitre la couverture, je m’étais dit que ce dessinateur ne m’était pas inconnu. Et pour cause, j’ai effectivement plusieurs livres ou magasines dont la couverture porte son coup de patte. J'en ai donc profité pour commander également ce recueil d'illustration.

    Édité par Rivière Blanche, ce recueil d’illustrations consacré à Jean-Pierre Normand est un vrai régal pour les yeux. Il n’y a rien à lire. Il suffit simplement de regarder et se laisser emporter à travers la cinquantaine d’illustrations qui y sont rassemblées. La majorité d’entre elles se situent dans l’espace ou montrent un élément technologiquement trop évolué pour le contexte dans lequel il se retrouve. Des océans planétaires, en passant par les océans spatiaux pour finir aux confins des galaxies, ce recueil est vraiment original.

    Jean-Pierre Normand est connu depuis une trentaine d’années pour ses illustrations qui se retrouvent fréquemment en couverture de livre de science-fiction. On lui doit des couvertures pour les magasines Galaxies, Solaris ou Analog. Plusieurs couvertures de Rivière Blanche sont dessinées par Jean-Pierre Normand (Aberration cosmique d’Hugues Douriaux, Enigma de Piet Legay ou La grande migration de P.J. Herault). Un recueil sympa, dans un format qui est ni trop grand ni trop petit,  qui mériterait d’être suivi par d’autres recueils consacrés à d’autres illustrateurs.

    Jean-Pierre Normand, Science fiction illustrations, Rivière Blanche / Black Coat Press Book, 60 pages, 2009

    August 06

    Space opéra ! - André-François Ruaud et Vivian Amalric

    Régulièrement les Moutons électriques nous sortent des études sur l’imaginaire ou sur les auteurs de l’imaginaire. Avec Space opera ! de André-François Ruaud et Vivian Amalric un nouveau pas a été franchi. Genre de prédilection que je ne pouvais pas laisser passer, tout simplement parce que c’est avec lui que j’ai commencé à lire de la science-fiction. Aujourd’hui encore ma préférence va à ce genre de livre, même si il n’y a pas pléthore de titres qui sortent sur le marché.

    Les deux auteurs proposent de faire une visite du genre, mais en s’arrêtant volontairement à l’année 1977 qui correspond à la sortie de Star Wars. A travers les romans et nouvelles, mais aussi à travers les films, les séries télé, les pulps et la bande dessinée, ils retracent l’histoire de l’aventure spatiale tel que imaginée par des auteurs, scénaristes, réalisateurs et dessinateurs. On a droit à une préface de Gérard Klein, ce qui est en soi une référence. Et on découvre que les collaborateurs de ce livre sont des acteurs importants de l’imaginaire francophone d’aujourd’hui.

    Space opera ! nous ramène à notre adolescence, lorsque nous aimions lire des livres d’aventure qui avaient pour décor l’espace (je précise que c’est toujours mon cas quatre décennies plus tard). On pourrait s’attendre à une histoire chronologique du space opera, mais il n’en est rien. Les auteurs ont préféré aborder le genre à travers plusieurs sujets. On trouvera donc : Doc Smith, Eric Frank Russell, Isaac Asimov, Hal Clément, Poul Anderson, Colin Kapp, Nathalie Henneberg, etc. pour lesquels presque un chapitre entier est consacré. Il y a évidemment d’autres auteurs dans ce livre, mais c’est impossible de les citer tous. Et puis il y a des thèmes comme les serials, Star Trek, le Fleuve Noir (à travers Louis Thirion entre autre). Les films ne sont pas en reste, et des classiques comme Planète interdite ne sont pas oubliés. Des séries comme Flash Gordon ou Buck Rogers occupent une part importante dans ce livre. Star Trek est aussi bien présent et se prolonge indirectement vers Next Generation.

    Le livre a le grand mérite de raviver les souvenirs et aussi de donner envie de relire ces vieux livres de space opera qui datent d’un autre âge. Il est par moment déséquilibré car la place qu’occupent certains auteurs ne mérite pas tout un chapitre. C’est le cas de Nathalie Henneberg, qui malgré la qualité de son œuvre, pouvait certainement occuper deux fois moins de place. Même critique sur Flash Gordon, à mon avis beacuoup trop long.

    Le livre a quelques lacunes. Mais on n’a jamais demandé aux deux auteurs d’être exhaustifs et objectifs. Par exemple ils ont complètement oublié la bande dessinée Jet Logan don 64 numéros sont sortis entre 1965 et 1970. Et pourtant c’est du vrai space opera qu’on peut mettre dans la même catégorie que Dan Dare. Pas trace de Jezabel, la pirates de l’espace dessinée par Magnus, qui a sévit pendant 18 numéros. Et puis dans les séries télés, un oubli comme Orion raumpatrouille (Orion space patrol), une série allemande qui date de la même période que Star. On pourrait aussi ajouter la série Firebird XL5 de Gerry et Sylvia Anderson qui date de 1962.

    Si on fait abstraction de ces oublis, le seul vrai reproche qu’on peut faire aux deux auteurs, c’est de n’avoir pas légendé toutes les images du livre. En dehors de cela, c’est un travail de bénédictin qui a été accompli et qui mérite amplement des louanges. Je compare un peu ce livre à celui de Jacques Sadoul sur l’histoire de la science-fiction. C’est en tout cas une référence de plus qu’il faut avoir dans sa bibliothèque, si on est un amateur de space opera. Ce livre montre parfaitement les bases du genre. Le seul problème, c’est que beaucoup d’entre elles n’ont pas été traduites ou n’ont tout simplement pas été rééditées. Dans ce sens, des collections comme Les trésors de la SF chez Bragelonne, devraient exister chez d’autres éditeurs. Il y a des classiques de la SF qui méritent leurs places dans nos bibliothèques, même si ils n’ont pas été des chef-d’œuvres.

    Concernant Space opera ! l’idéal serait qu’une suite existe, qui irait de 1977 à nos jours. Je pense qu’il y a matière à faire cette suite. Espérons que les deux auteurs entendent mon vœu le plus pieux. Ce livre est une machine à rêver, un poison qui n’a comme seul but que de nous donner envie de retrouver tous ces livres de space opera disparus ou oubliés. Même en connaissant bien le space opera, j’ai encore découvert à travers ce livre des auteurs qui m’ont échappés. Il me reste à me lancer dans une course au trésor pour les retrouver. Evidemment s’ils pouvaient être un jour réédités (de préférence sous forme d’omnibus), ce serait beaucoup mieux !

    Un livre qui doit faire partie de la bibliothèque des amateurs du genre, sous peine d’être jeter dans un trou noir à l’autre bout de la galaxie.

    Space opéra, André-François Ruaud et Vivian Amalric (Les Moutons électriques), 426 pages, 2009


    Suprématie - Laurent McAllister

    Suprématie se présente sous la forme d’un gros pavé de plus de 660 pages édité par Bragelonne. L’éditeur montre qu’il est devenu incontournable même en science-fiction. Ce livre est le dernier choix fait par Jean-Claude Dunyach en temps que directeur de la collection SF.

    Derrière le pseudonyme de Laurent McAllister on retrouve en fait deux auteurs. L’écrivain Yves Menard et l’astrophysicien Jean-Louis Trudel. Ces deux auteurs n’en sont pas à leur coup d’essai. Ils nous donnent ici un vrai space opera pur et dur qui nous conte les aventures d’un vaisseau hors norme, le Dhoukh/Harfang commandé par le capitaine Alcaino.

    Un jour des représentants de la cité des Arts viennent demander l’aide d’Alcaino et de son vaisseau le Doukh. Ce dernier est le seul de sa génération. Il dispose d’une IA capable d’assumer le commandement si nécessaire et d’un armement qui le met à l’abri de l’ennemi. La technologie du vaisseau permet au commandant de visualiser les lieux de manière virtuelle. Les auteurs ont un goût très prononcé pour les nouvelles technologies et n’hésitent pas à le montrer dans ce livre.

    La ville d’Art ne veut pas être assimilée par les Suprémates qui imposent une paix forcée aux mondes qu’ils contrôlent. On assiste très vite à des scènes de batailles spatiales dans lequel le Doukh est confronté aux vaisseaux Suprémates. S’il gagne aisément en les pourchassant, ce n’est pas pour autant que les Suprémates se sentent vaincus. Les habitats du système rebelle sont à leur tour détruits par ceux-ci. Ce carnage va amener Alcaino à réagir en élaborant un audacieux plan qui vise tout simplement à détruire la capitale des Suprémates. C’est-à-dire à s’attaquer à la planète la mieux protégée de l’amas. Malgré la puissance de son vaisseau, Alcaino se lance dans une quête spatiale et temporelle très risquée pour arriver à son but.

    Je noterai tout de même deux critiques à ce livre qui est excellent. La première c’est d’avoir opté pour un vaisseau invincible. Cela enlève une partie du suspense. C’est ce qui s’appelle le complexe de l’Everest qu’on pourra lire sur le site de la revue Solaris (http://www.revue-solaris.com) sur la page Comment ne pas écrire des histoires. Mais ceci passe encore car les auteurs ont élaboré une histoire vraiment originale.

    La deuxième critique vise l’utilisation d’une mesure du temps décimale et non sexagésimale. Le lecteur lira des kilosecondes, voire des hectosecondes, et il devra en permanence convertir dans sa tête les unités de temps et se dire : ah oui, ça ne fait que deux heures, ou trente-cinq minutes, ou trois jours. Dès la première page on apprend que le Doukh a une longueur de quinze microsecondes-lumière. En terme plus simple, ça veut dire un millionième de la distance parcourue par la lumière pendant une seconde multiplié par quinze. Est-ce que ce n’était pas plus facile de dire dès le départ que le Doukh faisait 4,5 kilomètres ? Ce sont des détails, mais des détails qui irritent.

    C’est bien écrit, c’est complexe et très technologique. On ne va pas bouder son plaisir de lire un vrai space opera. Je dirai donc que c’est un excellent nouveau space opera (et francophone de surcroît) et que le lecteur y trouvera certainement son bonheur. La seule chose que j’espère, c’est que lors de la réédition de ce livre, les unités de temps soient converties en sexagésimale. C’est tout.

    Suprématie, Laurent McAllister, illustration de Paul SWENDSEN, Bragelonne


    Le vent d’ailleurs - Ursula K. Le Guin

    Lorsque j’étais adolescent, Terremer était un de mes deux cycles de fantasy préférés (avec les princes d’Ambre). La trilogie de base qui reprend le sorcier de Terremer, Les tombeaux d’Atuan, L’ultime rivage m’avait profondément marqué à tel point qu’aujourd’hui encore je compare les cycles de fantasy à celui-ci. Suivre la carrière d’Epervier/Ged avait été un vrai bonheur jusqu’au jour où Ursula K. Le Guin décide que le personnage principal n’est plus Epervier, mais Tehanu. Je n’ai pas aimé ce livre. Avec le vent d’ailleurs je pensais retrouver Epervier. Oui, il est bien là, vieux et il n’est plus l’archimage de l’ile de Roke. Il a perdu ses pouvoirs et ne fait que passer dans ce livre. Ce qui est bien dommage.

    L’histoire commence lorsque Aulne vient chercher conseil auprès d’Epervier. Grâce à des sorts, il répare les objets cassés. Il a perdu sa femme au moment où elle devait accoucher. Le bébé ne voulait pas sortir de son ventre et il a entraîné la mère dans la mort. Depuis lors toutes les nuits, Aulne rêve de sa femme morte. Epervier l’envoie auprès du roi Lebannen pour trouver une solution.

    Mais Lebannen est confronté à un autre problème : les dragons. Alors qu’il veut restaurer l’unité de Terremer, les dragons attaquent et pillent les îles de l’ouest. La trêve qui existait entre les humains et les dragons a été rompue et les dragons veulent récupérer les territoires qu’ils considèrent volés par les humains. Lebannen, à bord du Dauphin qui fait voile vers Roke, est entouré de Tehanu, d’Aulne, d’Onyx de l’école de mage de Roke et d’Irien un dragon qui a pris momentanément une apparence de femme. Lebannen et ses amis doivent se rendre sur la colline que Aulne voit dans ses rêves. C’est là qu’il faut réparer ce qui a été brisé.

    Le livre est principalement axé sur le roi Lebannen qui doit restaurer un équilibre perdu sur Terremer. Autour de lui gravite une myriade de personnages qui le conseillent. Il y a très peu d’action dans ce livre, voire même aucune. Dans ce voyage, c’est principalement les relations entre humains et dragons qui sont mises en exergue.

    Ursula K. Le Guin nous offre un livre sans fioriture, très bien écrit, un univers qu’elle a développé pendant plusieurs décennies et qu’elle veut approfondir. C’est un livre qui clôture le cycle et qui est uniquement réservé aux amateurs de Terremer.

    A noter que sur le quatrième de couverture il y a une erreur. Ce livre n’est pas le quatrième du cycle, mais le sixième car Terremer se compose des trois premiers livres (le sorcier de Terremer, Les tombeaux d’Atuan et L’ultime rivage).

    Le vent d’ailleurs, Ursula K. Le Guin, Poche, 282 pages, traduit par Patrick Dusoulier